L’écologie politique mérite mieux qu’EELV par Claudine Parayre

« Il faut partir ! Je quitte EELV », un parti « verrouillé de l’intérieur » qui « ne parle plus d’écologie politique ». « L’écologie politique mérite mieux qu’EELV car elle constitue toujours la seule alternative crédible. »
Il faut partir ! Comme beaucoup d’autres au cours de ces derniers mois, de ces dernières années, je quitte EELV ; anonyme, comme la plupart de celles et de ceux qui sont partis, même si j’étais suffisamment engagée pour être conseillère fédérale et membre du bureau du Conseil d’orientation politique d’EELV.
Pas de goutte d’eau récente qui fasse déborder un vase très plein, juste deux certitudes : EELV est verrouillé par une entreprise bien menée dans la tradition de l’entrisme, mais conduite de l’intérieur et donc rien n’y changera ; une seconde certitude, le refus de cautionner ce parti qui ne parle plus d’écologie politique, n’en fait plus.
Car c’est là le fond de mon désaccord.

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Déconnecté des combats environnementaux

Toutes les listes de discussion interne dénoncent l’accaparement du parti par quelques-uns soucieux avant tout de leur carrière, mais sait-on à quel point ce parti est soumis désormais à ses élus de tous niveaux, et à leurs collaborateurs ? Est-ce là l’explication à la disparition de l’écologie du radar d’EELV ?
Tout comme notre école reproduit le modèle social, privilégiant la reproduction des « élites », EELV voit la fuite rapide de ses adhérents et n’attire plus qu’un certain type d’adhérents entrant naturellement dans le discours socialement correct d’EELV et conforme aux institutions, permettant de s’y faire une place.
EELV a toujours défendu d’avoir un pied dans les institutions, un pied dans le « mouvement social » ; c’est juste un « petit orteil alibi » ou un « gros orteil récupération » qui désormais font le pendant au pied dans les institutions qui lui, a largement enflé.
Le milieu associatif porteur des combats environnementaux ne s’y est pas trompé, fortement déçu par le décalage entre le discours et les actes, il s’est éloigné depuis longtemps d’EELV. Simultanément la nouvelle force contestataire que représentent les jeunes impliqués dans des combats écolos de terrain n’a pas trouvé dans EELV le relais politique à ses aspirations.
Pourquoi les mots “nature”, “environnement” ne sont-ils plus prononcés à EELV ? Parfois on les retrouve au détour d’une motion, d’un texte, plaqués sans cohérence, car il faut bien les caser, pour donner un vernis écolo, mais où sont-ils transcrits en actions concrètes ? Après le green washing, l’écolo washing, qui amène récemment des dirigeants d’EELV à proposer l’écologie comme simple soutien à la logique de croissance, la fameuse « croissance verte » !
Plus aucune réflexion structurante sur ces fondamentaux qui doivent guider la pensée de l’écologie politique ; cette grille d’analyse qui fait que l’écologie dépasse le seul environnement et l’intègre dans une démarche systémique impliquant des choix économiques, sociaux, sociétaux, démocratiques. Cette grille d’analyse qui place au premier plan l’accélération des dégradations environnementales, les atteintes irrémédiables à la biodiversité, la perte de la fonctionnalité du système vivant, le pillage de la planète, l’illusion de l’énergie bon marché, le changement climatique.

Contradictions

C’est ainsi qu’EELV peut se contenter de constater des désaccords sur Notre-Dame-des-Landes et rester dans l’exécutif régional des Pays de Loire. C’est ainsi qu’une ministre et des conseillers régionaux franciliens ont avalisé un Grand Paris inscrit dans la course à la croissance, destructeur de terres agricoles, qui contribue à la délocalisation de l’emploi, éloigne habitat et domicile, accroît de façon démesurée l’empreinte écologique de l’Ile-de-France et renforce les inégalités entre les territoires et les régions !
C’est ainsi que des élus ont pu soutenir la politique de métropolisation qui déménage le territoire là où l’on devrait renforcer la ruralité et les villes moyennes pour relocaliser l’économie, s’appuyer sur les racines des habitants pour revivifier des territoires et favoriser toutes les initiatives citoyennes de transition, d’économie d’énergie, de rythme de vie choisi et non contraint par la vitesse, remettant en question la surconsommation.
C’est ainsi qu’aucune réflexion n’est menée sur emploi et empreinte écologique, là où il devient urgent de considérer que toute activité économique est source de pollutions, de destructions de ressources, d’empreinte carbone…
Ligne Lyon-Turin, nouveaux TGV inutiles, destructions de forêts, de terres agricoles, extraction de sables, forages pétroliers en zone protégée, bétonisation des côtes, industrialisation massive des élevages, utilisation accrue des pesticides et des substances toxiques au quotidien, détricotage du code de l’environnement, OGM remis au goût du jour, construction de nouveaux réacteurs nucléaires, demain extraction des gaz de schistes peut-être au motif de faire de la recherche ?
Face à la course croissanciste véhiculée par tous les autres partis, modèle dépassé mais porté par des intérêts financiers puissants aussi bien que par des idéologies vieillottes, les citoyens et citoyennes doivent pouvoir démasquer les choix qui leur sont imposés, décrypter la réalité de ce qui les attend et exiger des politiques publiques qui mettent la planète au cœur des solutions. L’écologie politique mérite mieux qu’EELV car l’écologie politique constitue toujours la seule alternative crédible.
Demain, il faudra reconstruire (ailleurs ?) pour oser enfin l’écologie politique.

Claudine Parayre est adhérente de Cyber @cteurs et membre du COSTIF (Coordination pour la solidarité des territoires d’Ile-de-France).

Un candidat écologiste aux primaires de gauche, et de droite ?

Un candidat écologiste aux primaires de gauche, et de droite ?
Voir l’e quotidien du 06 mars

Dany Cohn Bendit prône que le même candidat écologiste participe à la primaire de la gauche comme à celle de la droite pour défendre la nécessité d’une transition écologique quelle que soit la prochaine majorité.

Pensez-vous que l’association Cyber @cteurs qui prône l’idée de primaire pour mettre l’écologie et les citoyens au cœur du débat politique doive porter cette idée pour mettre la nécessité de la transition écologique au cœur du débat de 2017 ?

Les commentaires vous permettrons d’expliciter, si vous le souhaitez, le choix exprimé dans la consultation de nos cyber-amis.

Alain Uguen

Le PS et l’UMP veulent détruire le principe de précaution

Auréolés par leurs brillants succès électoraux, le PS et l’UMP continuent à faire la politique du Medef : ils s’attaquent au principe de précaution. Une proposition de loi en ce sens a été adoptée au Sénat, avec l’accord du gouvernement. OGM, pesticides, gaz de schiste devraient, selon les «chiens de garde du productivisme», être jugés d’après le «principe d’innovation». Le principe de précaution, pourtant constitutionnalisé sous Jacques Chirac, a été encore une fois l’objet d’un bras de fer permanent entre écologistes et tenants du productivisme.
Mardi dernier au Sénat, en catimini, à la veille de l’ascension, ces derniers ont mené contre ce principe une offensive en règle, passée inaperçue après le tsunami Le Pen. Contre les groupes écologistes et communistes, l’UMP et le PS, main dans la main, ont donc voté des amendements tendant à dénaturer le texte de la Charte de l’environnement, adoptée en 2004 et inscrite dans la Constitution. Elle stipule dans son article 5 : “Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d’attribution, à la mise en oeuvre des procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage.” Plusieurs notions sont ici essentielles : le caractère “incertain” du dommage, son impact “irréversible”, la nécessaire “évaluation” des risques, enfin, la dimension “proportionnée” de la réponse. C’est à ces notions que se sont attaqués les sénateurs de cette coalition contre nature, conduite par Jean Bizet, bien connu pour son indéfectible soutien aux OGM. Pour ces chiens de garde du productivisme, il ne s’agit pas de supprimer la Charte, mais de la dévitaliser, de neutraliser son impact devant les tribunaux. Jean Bizet a d’ailleurs présenté sa proposition de loi après la relaxe de 54 militants anti-OGM, le 14 mai dernier, par le tribunal de Colmar. Ils étaient accusés d’avoir arraché des plants d’une parcelle étudiée par l’INRA. L’objet de cette proposition de loi est donc d’ouvrir une brèche dans l’application du principe de précaution pour permettre à «l’expertise scientifique» de faire son travail. En réalité, il s’agit de créer les conditions pour rouvrir le débat sur les OGM et les gaz de schiste, et de soutenir aveuglément des innovations technologiques sans se poser la question de leur impact sur l’environnement et la santé. En quelque sorte, le retour à l’époque des «experts» qui cautionnaient l’amiante! Dans ces amendements apparemment anodins, il s’agit de prendre en compte «les mesures provisoires, à un coût économiquement acceptable … le développement des connaissances scientifiques, la promotion de l’innovation, le progrès technique pour une meilleure évaluation des risques et une application adaptée du principe de précaution». La ministre de la Recherche, Geneviève Fioraso, n’a pas désapprouvé ces modifications qui pourraient conduire à des jurisprudences remettant en cause les avancées obtenues dans les procès depuis 2004. La logique des auteurs de ces amendements est imparable : Si le Code du travail doit être mis à bas pour imposer la politique de compétitivité, alors il faut aussi faire sauter le principe de précaution pour assurer le développement productif dans l’agriculture et l’industrie. Le gaz de schiste, les OGM, l’élevage intensif, les produits chimiques ou les ondes magnétiques tout doit être soumis au seul impératif du redressement de la marge des entreprises. Il faut que les écologistes réfléchissent sur cette alliance entre le Medef et une partie des scientifiques. L’Etat n’a plus les moyens de soutenir la recherche fondamentale. Nombre de chercheurs croient trouver leur planche de salut du côté de la finance et de l’industrie. Inconsciemment ils reprennent le discours de la compétitivité à leur compte. De son côté, le gouvernement tient un double langage : D’une part, il n’a à la bouche que les mots agro-écologie et transition énergétique, économie verte et développement durable, de l’autre, en jouant la fausse neutralité, il laisse entendre que le principe de précaution peut être une entrave au redressement productif de la France. Même si ce texte – qui nécessiterait une révision constitutionnelle de plusieurs articles de la Charte – ne franchira pas les portes de la Haute- Assemblée, la remise en cause d’un principe essentiel a bien eu lieu. Nul doute qu’Arnaud Montebourg, Bernard Cazeneuve, Laurent Fabius et bien d’autres membres du lobby productiviste s’engouffrent dans cette brèche. Le gouvernement joue avec le feu. Le principe de précaution n’est pas un gadget que l’on sort pour calmer les écolos, mais un principe qui consiste à éviter que les sociétés se laissent imposer la marchandisation du monde au nom du progrès, de la science et du profit. Une raison de plus pour accélérer le regroupement des partisans d’une écologie de rupture. Source : Noël Mamère sur Reporterre

Le vote blanc : Un progrès de la démocratie en trompe l’oeil

Chaque électeur pourra voter « blanc » soit en introduisant un bulletin blanc dans l’enveloppe, soit en la laissant vide. La mesure sera applicable dès le 1er avril 2014, c’est-à-dire après les prochaines élections municipales de mars 2014.
Cette décision que le Parlement a adopté mercredi 12 février est donc parue au JO.
Si les votes blancs seront comptabilisés à part, ils ne seront pas comptabilisés comme exprimés ce qui revient à nier que ce soit une vraie expression politique. Incidemment cela permettra aux professionnels de la politique, même en cas de vote blanc majoritaire, de pouvoir continuer à se prétendre désignés par une majorité et donc seuls à décider au nom du Peuple.
Le vrai progrès démocratique aurait été de considérer que tout vote est considéré comme exprimé.
Alain Uguen
Ma voix a du pouvoir
le 23 mars je vote pluriel

PAS DE PRIMAIRE, PAS DE MAIRE

PAS DE PRIMAIRE
PAS DE MAIRE

Cette initiative citoyenne s’adresse à celles et ceux qui préfèrent rassembler que diviser pour espérer faire progresser, même imparfaitement une partie de leurs idées plutôt que de risquer par jusqu’au boutisme de ne rien faire progresser du tout.

Le rassemblement de la gauche et des écologistes dans le cadre d’une majorité renouvelée paraît mal parti sur Quimper.
Le principal parti a choisi de regarder l’avenir dans le rétroviseur en optant pour un multi-cumulard dans l’espace et dans le temps. Son principal allié a choisi aussi un cumulard dans le temps. 2 autres composantes de la gauche ont choisi une posture identitaire et protestataire peu propice à une chance de fusion entre les deux tours.

Cela donne même l’impression d’un « retour vers le futur » en 1983 avec Poignant-Rainero d’un côté et Gérard-Guénégan d’un autre ou en 2001 quand le déjà trio Poignant-Andro-Le Bigot se faisait battre par le tandem Gérard-Guénégan pour cause de fusion ratée. Dans les deux cas, les perdants furent les électeurs qui croyaient qu’un changement était possible.

Entre la municipalité sortante qui veut continuer à toute force malgré les oppositions qu’elle a contribué à exacerber et l’opposition qui veut tout arrêter, il existe une troisième voie pour une transition écologique : convaincre pas contraindre avec une stratégie gagnant-gagnant.
D’accord sur la nécessité de développer les transports en commun pour faire entrer Quimper dans le 3è millénaire, préférant mettre de l’argent pour héberger des personnes plutôt que des voitures, Nous sommes un certain nombre à être par contre opposé à la partie parkings qui demande à être revue comme un certain nombre de projets qui verront leur réalisation dans le prochain mandat (chapeau rouge, Kerlic, Lalys..).
Des économies sont à faire dans des réalisations inutiles plutôt qu’en réduisant le budget déchets qui demanderait à être repris.

Mais le pire n’est jamais certain car les seuls combats qu’on est certain de perdre ce sont ceux qu’on ne mène pas. Persuadé que notre voix a du pouvoir la proposition faite à tous ceux qui partagent ce point de vue c’est de faire savoir qu’à défaut d’une primaire qu’il est tout à fait possible d’organiser en février entre les composantes qui souhaitent gérer la ville ensemble nous envisagerons toutes les solutions possibles pour peser confectionner notre propre bulletin de vote ‘Pas de primaire, pas de maire’ ou ‘Bonne retraite Bernez,’ utiliser le bulletin du maire sortant en rayant la tête de liste, mettre tous les bulletins des sensibilités qu’on souhaite voir gérer la ville….

Notre vote sera à la hauteur de nos partenaires : rassembleur ou nul. C’est eux qui choisiront en connaissance de cause.

En politique la voix qui compte le plus c’est celle qui permet de passer le cap des 50%. C’est la stratégie du faible au fort : je ne pèse que ma voix mais si tu préfères perdre avec tes milliers de voix plutôt que de discuter d’un processus de démocratie participative (la primaire) qui a fait ses preuves à la présidentielle ce sera de ta responsabilité pas de la nôtre.

Entre les deux tours nous resterons ouvert à la discussion sur des engagements concrets.

La politique ne doit pas être réservée à des professionnels. Il faut et il suffit de croire que notre voix a du pouvoir et que nous pouvons peser dans le débat sans être encartés et sans faire de liste mais en étant clairs sur ce qu’on veut.

Alain Uguen 31 décembre 2013

Vivement 2025 !

Contribution commune au séminaire gouvernemental du 19 août 2013 “La France dans 10 ans” des ministres Mme Cécile DUFLOT, M. Philippe MARTIN, M. Stéphane LE FOLL, M. Pascal CANFIN.

Notre pays traverse une période de doute. Aux difficultés économiques vient s’ajouter la crainte du lendemain. Chacun se sent dépossédé de son destin sans maîtrise de l’avenir. Ce que nous vivons n’est pas simplement une crise économique conjoncturelle. C’est avant tout une crise du sens face à laquelle chacun se résigne au repli sur la sphère individuelle. Ce sentiment d’abandon fait le lit du national-populisme qui exacerbe le rejet des institutions qui semblent avoir failli : l’Europe, la démocratie sont mises en accusation faute d’avoir su apporter les réponses nécessaires. C’est la jeunesse qui subit les contradictions les plus rudes, balancée entre le désespoir économique, nourri par le chômage de masse, et le sentiment que son avenir s’écrit ailleurs.

Cette crise du sens se confronte alors à une crise structurelle. Le temps des constats est désormais révolu : le système productif se voit contraint de faire face aux limites physiques d’épuisement des ressources de la planète. La raréfaction des énergies fossiles et le dérèglement climatique sont source de déséquilibres grandissants à l’échelle de la planète. Sans une évolution rapide de ce système productif, l’accès aux ressources sera cause de conflits et d’inégalités nouvelles. La question n’est donc désormais plus de savoir si nous allons faire face à la mutation écologique ou non, mais bien si nous souhaitons la conduire ou la subir.

La responsabilité du pouvoir politique est donc immense. S’il se contente d’une régulation a minima au gré des aléas de la conjoncture, il faillira à sa mission. Nos concitoyens en sont conscients, et c’est pour cela que le fossé démocratique s’accroît. Si nous ne parvenons à dessiner un projet désirable, les Français continueront, à chaque élection, à sanctionner leurs dirigeants. En 2025, la France devra avoir relevé le défi de la transition écologique et prioritairement celui de la transition énergétique. Elle n’y parviendra pas seule. Elle le fera certes avec l’appui de l’Union européenne et au sein des institutions internationales, mais elle peut faire de ce projet un horizon nouveau pour sa jeunesse. Nous ferions fausse route en nous contentant d’indexer le projet d’avenir des Français sur la conjoncture économique ou sur les fluctuations du taux de croissance. En soi, la croissance de la consommation matérielle ne peut plus être l’indicateur unique et l’objectif d’une société. D’abord, parce qu’elle se confronte à l’épuisement des ressources matérielles, ensuite parce qu’au-delà d’une certaine limite, celleci a des répercussions négatives sur le bien-être et les ressources naturelles.

Dès lors, il nous reste treize ans pour mettre en place une économie qui accompagne une transition écologique au service des citoyens et qui réponde, le moment venu, à leurs besoins sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs.

Cette économie écologique pourrait s’articuler autour de trois objectifs majeurs : la prospérité, la soutenabilité et la solidarité.La prospérité durable permettra de créer des emplois et de réduire les dépenses contraintes des ménages.

En engageant dès aujourd’hui, la transition des filières industrielles et du tissu économique, il est possible de créer d’ici à 2025 un million d’emplois dans la transition écologique. Les circuits courts, l’économie circulaire, le soutien à l’emploi dans l’agriculture, les énergies renouvelables, la rénovation énergétique des bâtiments sont les secteurs qui seront, dans les dix années à venir, les plus pourvoyeurs et les plus créateurs d’emplois de qualité, durables, non délocalisables, repartis sur l’ensemble du territoire.

Nous devons également apporter des réponses exigeantes aux difficultés de pouvoir d’achat des Français. La gauche a longtemps cru que l’on ne pouvait accroître le pouvoir d’achat qu’en redistribuant une part significative des fruits de la croissance. Hors période de croissance, la seule réponse demeure alors la relance par la consommation, qui pose de

lourdes difficultés. Nous pensons qu’aujourd’hui la priorité pour accroître le pouvoir d’achat est de réduire de façon importante les dépenses contraintes qui pèsent sur le budget des ménages. Nous devons pour cela mener une politique publique ambitieuse qui agisse à la source : réduire les factures d’énergie, de logement ou de transport est un objectif atteignable par une mobilisation des pouvoirs publics et un pacte avec les acteurs

sociaux. Les 3/4 des logements dans lesquels nous vivrons en 2050 sont déjà construits. Pour une grande partie d’entre eux, une rénovation thermique efficace couplée à une meilleure gestion de l’énergie, c’est de 50 à 250 € d’économies par mois possibles suivant les situations. Il en va de même pour une alimentation de qualité : la France possède les ressources naturelles et humaines pour nourrir sa population, l’agroécologie permet une réduction importante de la consommation des énergies fossiles et des intrants avec un impact sur les coûts et la qualité. Cela exige de s’attaquer aux intérêts qui bénéficient aujourd’hui de l’alourdissement continu de ces dépenses contraintes : les intérêts financiers qui multiplient les encouragements à la dette pour consommer davantage et les intérêts de toutes celles et ceux qui bénéficient d’une économie de la rente non productive et qui paralyse notre économie. Voilà un nouvel horizon pour la gauche, à la fois écologique et social.

** La soutenabilité comme garantie de l’avenir.

La soutenabilité est le nouveau logiciel pour assurer une prospérité et une paix durables au niveau mondial. L’époque où l’on opposait les intérêts de l’humanité à ceux de la nature est désormais révolue. Nous savons non seulement que nous avons intérêt à protéger notre capital naturel, mais que nous avons besoin de ces ressources pour notre épanouissement et notre développement. À travers le monde, nous savons qu’investir dans la nature, dans la biodiversité et dans le génie écologique relève à la fois de l’intérêt

général et de l’intérêt économique. Cette nouvelle conception exige de ne pas sacrifier ce projet collectif sur l’autel d’une vision datée de l’activité économique. Les gaz de schiste, comme les OGM, procèdent d’une même fonction et induisent un même risque : ils permettent à certaines industries de garantir leurs perspectives financières mais peuvent par le seul déploiement, mettre en péril l’ensemble des autres activités humaines qui les entourent. À l’inverse, la soutenabilité est source d’une nouvelle vague d’innovations technologiques mises au service de tous. En mettant fin à notre dépendance aux hydrocarbures, nous ouvrons un cycle d’innovations et de mutations technologiques majeures dans le domaine des énergies.

C’est pourquoi un approvisionnement massif en sources d’énergies renouvelables est non seulement souhaitable mais possible. En développant un pacte équilibré entre les territoires, les zones urbaines et les zones rurales, nous innovons dans les transports et le bâti et nous promouvons une ville moderne remplissant les fonctions essentielles et répondant aux attentes de ses habitants. La soutenabilité exige de rompre avec la conviction que notre salut ne peut venir que d’un accroissement sans limites de la consommation matérielle. La surconsommation provoque une accélération de l’épuisement des ressources naturelles et conduit à une aggravation des inégalités sociales. C’est pourquoi notre horizon doit être d’inverser la tendance en rationalisant nos consommations matérielles tout en visant à travers les innovations à la satisfaction de l’ensemble des besoins. Cela exige de rompre avec le cercle de l’endettement : au niveau public le sérieux budgétaire est nécessaire pour ne pas faire peser sur les générations futures une dette qui bride les capacités d’action politique, au niveau privé nous devons empêcher le monde de la finance d’encourager un surendettement généralisé qui appauvrit chacun en fragilisant les familles.

** La solidarité comme condition d’égal accès aux biens communs

L’inégale répartition des richesses entre les pays et au sein d’un pays se trouve renforcée de manière cruelle par la crise écologique. Sans régulation et transformation significative de notre système de production, les catastrophes écologiques viendront chaque jour davantage fragiliser les plus démunis. Aux États-Unis, les plus défavorisées ressentent encore les conséquences de la catastrophe Katrina. La justice environnementale et son corollaire immédiat, la justice climatique, ne sont pas des options mais des impératifs visant à créer les conditions d’un consensus national pour conduire cette transition. Pour cela, nous devons tout d’abord garantir la pérennité des systèmes de protection sociale en Europe et les élargir pour répondre aux défis à venir. La condition impérative de la réussite d’une telle transition est de garantir à chacune et à chacun un égal accès aux biens communs : un haut niveau d’éducation et de santé, bien sûr, mais aussi un meilleur accès aux technologies, aux savoirs et au patrimoine naturel. Cela exige d’agir de manière résolue pour une égalité réelle. L’égalité entre les femmes et les hommes est aujourd’hui plus proclamée que réalisée. Elle est même parfois compromise par nos systèmes sociaux, à commencer par notre système de retraites, ou pérennisée par un système économique qui sanctuarise les inégalités salariales. L’accentuation de la fracture territoriale en France est une autre menace à laquelle nous devrons répondre, la ségrégation spatiale entre hypercentres, zones urbaines délaissées, zones périurbaines éloignées et zones rurales abandonnées mettant en péril la solidarité nationale. Ce défi, si nous voulons le relever par un nouvel équilibre entre les activités et les infrastructures, exigera, là encore, la mobilisation de l’ensemble des pouvoirs publics. Le système de solidarité repose dans nos sociétés principalement sur le recours à l’outil fiscal : il doit être réformé. L’intérêt évident de la transition écologique ne doit pas se traduire par un alourdissement de la pression fiscale mais exige une mutation de celle-ci. Il s’agit en fait de déplacer la fiscalité qui pèse sur les activités écologiquement et socialement utiles vers celles qui nuisent aux écosystèmes et mettent en péril notre avenir. Cette réorientation ne peut se faire de manière brutale, mais il est de notre responsabilité de dire qu’elle est nécessaire dans un objectif de justice sociale et écologique.

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Notre responsabilité est d’offrir aux Français (es) en 2025 un modèle de développement nouveau, centré sur leurs besoins et leur bien-être. Cette mutation n’est pas une contrainte. C’est un objectif souhaitable qui permettra à notre pays de retrouver la confiance et la maîtrise de son destin. Et à notre jeunesse de retrouver espoir et optimisme. À travers le monde, des centaines de millions d’habitants regardent l’avenir avec enthousiasme et volonté. Il ne dépend que de nous de saisir les nouvelles opportunités du XXIe siècle. Elles exigent une transformation profonde de notre système de production mais aussi de notre système de pensée. Mais elles constituent pour notre pays un grand dessein et un grand destin : celui de changer d’horizon. Cela commence aujourd’hui.

Une primaire de la gauche et des écologistes pour Quimper

Pour des raisons de fond
1 Conception de la démocratie
Pour associer un maximum de citoyens à la démarche et ne plus en faire l’apanage des partis
Nous avons défendu depuis 10 ans l’idée de primaire pour contribuer à réduire le fossé de plus en plus grand entre le peuple et ses représentants et créer des dynamiques électorales positives. Nous avons gagné au moins sur cet aspect à la présidentielle même si la primaire n’a pas été celle que nous souhaitions.
Les partis nous proposent de constituer des listes entre eux, débattre ensuite entre eux et de faire voter les citoyens à la fin. Nous proposons de débattre d’abord en présentant les différentes options, de faire voter les citoyens et de constituer ensuite la liste et le programme en fonction du rapport de forces définis par les citoyens qui ont participé à la primaire.
Le premier secrétaire du PS, Harlem Désir, a indiqué le 22 janvier qu’il souhaitait organiser des primaires “ouvertes à tous les citoyens” dans “toutes les villes où cela nous permettra de créer une dynamique”.
Le Conseil national du Parti socialiste, le «parlement» du PS, se prononcera le 13 avril, en vue des municipales, sur l’organisation à Marseille, à Aix-en-Provence et au Havre de primaires, qui pourraient avoir lieu les 13 et 20 octobre, a indiqué mardi le secrétaire national du PS aux fédérations, Alain Fontanel. ..«Une primaire réussie, c’est l’une des conditions de la victoire (…) et le chemin le plus sûr vers une victoire possible», a insisté Christophe Borgel, secrétaire national du PS aux élections.
2 Conception de l’écologie
Parce que contrairement aux militants qui veulent annexer l’écologie à la gauche, nous pensons que l’écologie c’est l’affaire de tous et que nous refusons par principe le sectarisme qui reviendrait à réserver à certains le droit de se revendiquer écologistes.
Parce que l’écologie est un paradigme novateur qui n’a rien à voir avec la conception de la politique héritée du dernier millénaire. L’écologie est à la politique ce que Galilée a été à la géographie ou la 3D par rapport au Noir et Blanc.
Parce que notre conception c’est de convaincre plutôt que de contraindre : la majorité sortante n’a pas créé les conditions pour minorer les oppositions à son projet en associant plus largement.
3 Conception de la ville

La ville doit pouvoir accueillir toutes les activités économiques, sociales, sportives, culturelles.
Vouloir à la fois un haut service de transports en commun avec des parkings en périphérie et des parkings au centre ville est totalement contradictoire.
La ville doit rester accessible à tous mais comme les surfaces sont limitées, il faut inciter ceux qui travaillent au centre ville de laisser leur voiture à la périphérie pour laisser les places du centre-ville en zone bleue ou payantes pour ceux qui ont besoin de leur véhicule pour leur activité.

Pour des raisons stratégiques : permettre un débat sans risque entre les différentes sensibiités susceptibles de gérer ensemble
entre une majorité sortante (ou ses composantes) et une opposition écologiste à la gestion sortante
Parce que cantonner l’écologie dans la gauche c’est se condamner à ne pas peser dans le débat puisque la gauche assurée d’obtenir ces voix au second tour n’a aucun effort à faire pour essayer de les récupérer en prenant en compte les aspirations exprimées.
Parce que concrètement sur Quimper enfermer l’écologie dans le clivage gauche-droite revient à se priver du droit de contester le bilan des sortants sous peine de passer pour un dangereux droitier.
Le chef de file de l’écologie à gauche termine sa réponse au chef de file de l’économie à droite
Que Ludovic Jolivet se rassure, cette différence d’appréciation, sur l’opportunité du calendrier ne remet aucunement en cause notre accord sur la politique globale des déplacements et du stationnement proposées par la municipalité de Quimper.
Comme la politique des déplacement et des transports sera au cœur de la campagne, il serait logique que la majorité sortante qui partage la même vision défende son projet et que ceux qui ne partagent ni la vision conservatrice de la droite ni la vision contradictoire de la majorité sortante puissent permettre une expression des quimpérois et donc une révision d’un projet nécessaire mais inopérant et couteux dans sa version actuelle.
N’avoir comme seul bilan que la place Terre au Duc et le parking de la Providence ne nous paraît pas suffisant pour contrebalancer les fautes politiques en terme de démocratie locale qu’ont pu constituer l’affaire de la fermeture des écoles, la gestion désastreuse du dossier stationnement qui a cristalisé les oppositions au plan transport ou l’absence de communication en amont sur les travaux rive gauche (Jean Jaurès)

Pour des raisons tactiques : éviter le jamais 2 sans 3
La politique n’est pas un métier or cela fera 40 ans en 2017 que l’on retrouve les mêmes Poignant, Guenegan, Rainero, : il est temps qu’une autre génération émerge pour faire entrer Quimper dans le 3è millénaire.
Cela fait deux fois qu’une confrontation Andro-Le Bigot a pour résultat de faire gagner la droite : aux municipales de 2001 et aux législatives de 2002 : nous ne voulons pas connaître une troisième expérience.
La primaire est l’occasion de permettre aux citoyens intéressés de trancher le débat à la fois sur le bilan et sur la politique pour les prochaines 6 années sans prendre le risque d’un entre-deux tours qui se passe mal et fasse gagner la droite à cause des séquelles de la campagne électorale ou d’une fusion de listes qui se passerait d’autant plus mal qu’il y aurait de listes à prétendre à une fusion éventuelle.

Pour des raisons pratiques :
lutter contre la fracture générationnelle
Nous souhaitons des trenta et des quadra puissent s’impliquer. Pour cela, l’ordre (débat-vote-constitution de la liste) nous paraît préférable pour laisser à des jeunes de s’impliquer en allant y compris jusqu’à accepter de figurer sur la liste plutôt que la formule traditionnelle qui oblige à choisir sa liste préalablement.
Eviter les coucous
Le fait que le débat se fasse entre des porteurs de positions et s’adresse à l’ensemble des citoyens souhaitant le changement dans la continuité plutôt qu’entre des listes préalablement constituées évite qu’une sensibilité ne vienne parasiter les votes dans une sensibilité concurrente.

Mener campagne à la fois sur le fond et sur la forme
Comme notre but est citoyen et non politicien et que nous voulons débattre à la fois du fond et de la stratégie, nous proposons de cibler notre campagne pour la primaire au travers d’un collectif sur la problématique de l’énergie (CITES = Collectif Initiatives pour une Transition Energétique Solidaire) avec plusieurs axes possibles
– Débat Transition Energétique actuel
– programme économies d’énergie dans l’habitat
– plan transport et déplacements Pays de Quimper – Promotion de la marche et des transports en commun
– vie quotidienne et économies : énergie, déchets, eau, déplacements, consommation locale, alimentation….
+ relais de mobilisations
– centrale à gaz GASPARE
– Gaz de schiste
– Notre Dame des Landes
– Démantellement de Brennilis

Nous proposons que Quimper ( voir même Quimper Communauté puisque de plus en plus de compétences sont communautaires ) soit rajoutée à la liste des villes où il y aura une primaire de la gauche et des écologistes et nous invitons tous les quimpérois (et le habitants de Quimper Communauté) qui partagent notre souhait du renouvellement du débat politique local dans le sens d’une participation accrue des citoyens et d’une prise en compte de la transition énergétique à nous retrouver jeudi 4 avril à Confluences 7 rue Aristide Briand à 18 h 30

Stéphane Hessel : son dernier débat, avec Daniel Cohn-Bendit

La semaine dernière, “le Nouvel Observateur” publiait un débat entre l’auteur d'”Indignez-vous !”, mort la nuit dernière, et le député européen.

Dans son essai , “Pour supprimer les partis politiques !?”, Cohn-Bendit remet en cause l’utilité des partis politiques. Et vous, Stéphane Hessel, vous avez montré que les mouvements des “indignés” contestent les formations traditionnelles. Pour faire de la politique, faut-il se débarrasser des partis ?

– Stéphane Hessel (*) : La question est de savoir sur quelles forces s’appuyer pour sortir de ce manque d’appétit politique dont souffrent nos sociétés contemporaines. Il n’y a rien de plus triste que d’entendre les gens répéter : “Je ne crois plus à la politique.” Sans la politique, il ne peut y avoir de progrès de l’humanité.

– Daniel Cohn-Bendit (*) : Le problème que je pose à partir de mon expérience à Europe Ecologie est de savoir si l’intervention la plus efficace dans la vie publique part d’un parti. La réponse est non. Un parti, c’est un système refermé sur lui-même, hermétique à ce qui se passe dans la société. Quand on voit le duel Copé-Fillon à l’UMP, ou le choc titanesque Aubry-Royal au PS, on se dit qu’il faut être totalement ” hors sol ” pour offrir un tel spectacle. Dans leur quête d’un pape ou d’une papesse, les partis finissent par oublier leur raison d’être.

Daniel Cohn-Bendit écrit qu’un parti c’est un “blindage”, une armure où il n’y a plus de débats. Est-ce qu’au fond un parti n’interdit pas l’indignation ?

– S. H. : Ce réflexe d’indignation que j’ai prôné dans mon livre ne peut pas se borner à soutenir un parti politique. Il faut explorer d’autres champs. Les partis se préoccupent trop de ce qui se passe dans leur propre pays, dans un cadre étroitement national. Sans aucune vision du monde.

– D. C.-B. : Je ne dirais pas que les partis empêchent l’indignation mais qu’ils l’instrumentalisent. Un parti est rarement interpellé par ce qui se passe dans la société. Observons les campagnes présidentielles en France : les candidats font comme si l’Europe et le monde n’existaient pas. Ils devraient avoir le courage de dire aux électeurs que la France est devenue un petit pays. Elle pèse à l’échelle du monde ce que pèse le Luxembourg en Europe. Pour autant, un petit pays peut faire de grandes choses.

– S. H. : Les vrais débats sont lancés hors des partis. C’est ce que nous avons fait avec l’économiste Pierre Larrouturou à travers le collectif baptisé Roosevelt 2012. Cette initiative vise à dire que c’est le fonctionnement de l’économie mondiale qui est le point d’achoppement pour tout progrès. Ce que Dany et moi reprochons aux partis traditionnels, c’est leur enfermement dans une longue histoire, dans leurs passés respectifs. Ils ne regardent pas vers le futur. Aujourd’hui, réfléchir à demain, c’est prendre en compte d’abord l’écologie ! Un parti n’est plus une structure suffisante pour porter un tel enjeu qui relève du bien commun.

– D. C.-B. : La question qui se pose pour nos démocraties est d’agir en tenant compte des générations à venir. Comment mobiliser les citoyens sur des enjeux de long terme alors qu’ils réclament des retombées immédiates ? L’écologie est une dimension de réflexion collective qui remet en cause les traditions de gauche comme de droite. Par-delà les clivages partisans, elle mobilise des personnalités aussi diverses que Chantai Jouanno, Michel Rocard, Pierre Larrouturou…

Mais l’action politique, ce n’est pas qu’une juxtaposition d’individualités, c’est d’abord une organisation collective.

– S. H. : C’est pourquoi nous devons créer de nouvelles formes collectives. Nous avons une organisation mondiale, l’ONU, dont les faiblesses et les lâchetés tiennent au fait qu’elle s’appuie sur des gouvernements. Quand on veut faire travailler ensemble 192 pays – dont les deux tiers ne sont pas démocratiques -, on se heurte à des difficultés insurmontables. Un secrétaire général, Kofi Annan, a eu l’intelligence de définir ce que l’on a appelé les huit Objectifs du Millénaire pour le Développement (lutte contre l’extrême pauvreté, accès à l’éducation, égalité des sexes, etc.). C’est autour de ces objectifs que l’on peut faire travailler ensemble les citoyens du monde. Il existe une formidable capacité d’interpellation qui vient des ONG, justement parce qu’elles ne dépendent pas des gouvernements nationaux. C’est là qu’est l’espoir !

Daniel Cohn-Bendit, au Parlement européen, n’êtes-vous pas à vous tout seul une sorte d’ONG qui interpelle les gouvernements ?

– D. C.-B. : En tout cas, les ONG permettent de dépasser les réflexes de partis. Par exemple Guy Verhofstadt, le président du groupe des démocrates et libéraux au Parlement européen avec qui j’ai signé il y a quelques mois “Debout l’Europe !”, c’est un enfant de Thatcher. Nos différences politiques sont profondes mais ne nous empêchent pas de débattre et de porter une cause commune, l’Europe ! Sur l’Europe comme sur l’écologie, on ne progressera pas en mobilisant une partie de la société contre l’autre. Il faut construire des passerelles.

Dans son livre, Daniel Cohn-Bendit se revendique d’un ” réformisme subversif “. Ca existe ?

– S. H. : C’est là que la notion d’indignation trouve sa place. Si on commence par s’indigner devant les dysfonctionnements de la société, on se met obligatoirement en quête d’autre chose. Le message du réformisme subversif, c’est : “Indignez-vous, oui, mais pour faire quelque chose !”

– D. C.-B. : Le réformisme subversif est indispensable pour sauver l’Europe. Les gouvernements viennent d’aboutir à un très mauvais accord sur le budget. Au Parlement européen, les députés peuvent commettre un acte subversif en le rejetant pour remettre au coeur du débat la question de la démocratie européenne ! Ils vont subir une pression énorme sur le mode “vous mettez l’Europe en danger !”. Ils doivent réfuter ce syndrome dit “de Tina”, “There is no alternative”. Il y a toujours une alternative. Sinon, il n’y a plus de démocratie.

Et François Hollande, que vous avez soutenu, est-il réformiste ? Subversif ? Ou ni l’un ni l’autre ?

– S. H. : Il est prudent ! Trop prudent. Il ne sera véritablement efficace que s’il intègre le réformisme subversif, c’est-à-dire le besoin de renoncer à des timidités. C’est ce que nous enseigne le livre remarquable de René Passet, ” les Grandes Représentations du monde et de l’économie à travers l’histoire. De l’univers magique au tourbillon créateur “. Il y descend en flèche la figure de Milton Friedman. Le danger, c’est la façon dont cet économiste a fait de la mathématique un élément irréversible du fonctionnement de l’économie et a laissé croire, pas seulement à Mme Thatcher mais aussi, un peu, à François Hollande, qu’il n’y a pas moyen de faire autrement.

– D. C.-B. : Hollande se dit : Il faut que j’avance mais je dois donner des garanties à ceux qui ne comprennent pas. Alors il essaie de pacifier, comme il l’a fait lors du débat sur le mariage pour tous ou en recherchant un compromis avec le Medef pour réformer le marché du travail. Hélas, il y a un domaine où il est incapable de rechercher un compromis : c’est l’écologie ! François Hollande soufre d’un blocage culturel ! Sur l’écologie, il est englué dans la culture de la gauche traditionnelle.

Lorsqu’un chômeur en fin de droits s’immole devant une agence de Pôle Emploi à Nantes, est-ce que son acte ne solde pas la mort de la politique, impuissante face à la crise ?

– S. H. : Nous vivons dans une société cruelle, nous le savons. La leçon à tirer de ce drame, c’est que nous ne pouvons pas laisser continuer un système économique et financier qui ne réponde pas aux besoins les plus élémentaires. Et cet événement nous dit aussi qu’il faut aller vite sur les paradis fiscaux, le contrôle des banques, ou la lutte contre la spéculation. Face à la crise, Roosevelt 2012 a bougé en quelques mois ! Donnons-nous jusqu’en septembre pour prendre les décisions subversives et courageuses !

– D. C.-B. : Lors de son discours sur l’état de l’Union, Obama a expliqué que les vingt petites victimes de la tuerie de Newton avaient droit à un vote sur le contrôle des armes. Cet homme qui s’est immolé par le feu à Pôle Emploi, il a droit à un vote pour l’élargissement de la protection sociale. Les jeunes Européens au chômage, ils ont droit à un vote au Parlement européen pour créer enfin une assurance chômage pour les jeunes. Comme les 70 000 morts en Syrie ont droit à un vote à l’ONU.

– S. H. : J’ajoute que ces décisions courageuses et subversives, il est presque impossible de les prendre seul en Europe. C’est pourquoi Dany nous est si précieux au Parlement européen.

Mais il répète qu’il ne sera pas candidat à un nouveau mandat en 2014…

– S. H. : La seule chose que je ne lui pardonnerais pas, c’est qu’il se désintéresse de la politique.

– D. C-B. : Il y a d’autres façons d’intervenir que de se présenter à une élection. Je continuerai à mobiliser, à interpeller, à débattre. Mon modèle, c’est Stéphane Hessel !

(*) DANIEL COHN-BENDIT, cofondateur d’Europe Ecologie en 2009, est député européen depuis 1994 et a écrit récemment “Debout l’Europe !” avec Guy Verhofstadt (André Versaille Editeur). Il vient de publier “Pour supprimer les partis politiques ! ? Réflexions d’un apatride sans parti” (Indigène Editions).

STEPHANE HESSEL, grand résistant, déporté, ancien ambassadeur de France, est l’auteur du best-seller mondial “Indignez-vous !” (Indigène Editions), d'”Engagez-vous !”, du “Chemin de l’espérance”, avec Edgar Morin (Fayard). Il vient de publier “A nous de jouer ! Appel aux indignés de cette terre” aux Editions Autrement.

(Article publié dans “le Nouvel Observateur” du 21 février 2013)

Face à la crise, plus qu’un traité, il faut lancer les Nations unies d’Europe

Face à la crise, plus qu’un traité, il faut lancer les Nations unies d’Europe

Imaginez que le Texas soit en cessation de paiement et se retrouve pris à la gorge par des taux d’intérêts insupportables. Imaginez que la solidarité nationale des États-Unis pour le Texas, l’un de ses États, soit suspendue à la décision d’une cour de justice de l’Orégon. Imaginez qu’après une succession de réunions du gouvernement fédéral américain, un autre Etat ait été quasiment laissé à l’abandon, soumis à des mesures de rigueur telles que tout redressement économique lui est impossible.

Imaginez la banque centrale américaine dans l’impossibilité de venir aider les États en difficultés. Imaginez que Barack Obama, inspiré par un ultralibéralisme poussé à l’extrême, impose aux grands industriels de son pays des règles de mise en concurrence entre eux si féroces que les dits industriels passent plus de temps à se battre entre eux qu’à se battre contre la concurrence des pays du sud-est asiatique. Imaginez que ces règles de libre concurrence permettent aux dits concurrents du sud est asiatique d’inonder le marché américain de leurs productions mais que dans les pays du sud-est asiatique les industriels américains aient, eux, les pires difficultés du monde à vendre leurs produits.

Une Europe au fonctionnement incompréhensible

Tout cela ne se passe évidemment pas ainsi aux États-Unis. Cela ne se passe d’ailleurs dans aucun autre pays du monde. Chaque État, y compris les États fédéraux, ont un minimum de digues de protection économique tant pour leurs finances publiques que pour leur économie domestique. Tous les États ont ces protections… sauf ce qu’il faut considérer comme un État de fait, mais qui est devenu un corps sans tête : l’Europe. L’absurde et la paralysie est telle que personne, dans le monde, ne comprend plus le fonctionnement de l’Europe… les peuples qui cherchent en vain qui est à la barre, les marchés qui perdent confiance dans ce continent, aux potentialités pourtant si importantes, les gouvernants qui sont supplantés et humiliés, par le tourbillon des évènements.

Notre Europe s’est terriblement grippée et la crise qu’elle traverse est le symptôme d’une construction en déshérence. Rien ne se résoudra plus à l’échelle des États pris séparément. Même les perspectives de croissance de l’Allemagne sont aujourd’hui revues à la baisse par les agences de notation. Il n’y aura pas d’exception. Nous sommes allés trop loin pour revenir en arrière. Ou alors au prix d’une déflagration dont nul ne peut mesurer les effets.

L’incendie ravage notre continent depuis trop longtemps. Dans certains pays, les peurs des populations face à cette Europe qui ne protège plus, perçues même comme la cause de tous les maux des États membres, transforment la plupart des acteurs publics les plus europhiles en euro-taisants. Même la démocratie recule dans des nations que l’Union devait protéger des démons populistes et autoritaires.

Un sursaut urgent

Nous appelons à un sursaut urgent. Il n’est plus temps de tergiverser. La dispute de 2005 est derrière nous. Ouvrons les yeux : le seul choix qui s’impose est de parachever la construction européenne, c’est-à-dire pour chaque État de retrouver au niveau européen sa souveraineté perdue. Cette crise que nous traversons et qui nous enfonce tous les jours un peu plus, États après États, peut connaître un terme salutaire : le sursaut vers plus d’Europe, une fédération ou une union,– ne soyons pas prisonniers des mots – d’États qui transfèrent à un niveau supérieur des compétences en matière économique, budgétaire, fiscale.

Cette Europe, dont la puissance économique serait indiscutable alors, devra faire le choix d’un modèle social et environnemental assez fort pour résister aux vents tourbillonnants de la compétition mondiale, assez ambitieux pour infléchir la direction de la mondialisation vers une croissance responsable au service des besoins humains, assez rayonnant pour en faire le foyer de la paix et de la démocratie dans le monde. Sinon à quoi bon?

S’il faut commencer par les nations de l’euro-zone, ce qui semblerait logique, commençons par elle et dotons là d’une légitimité démocratique très forte à son sommet qui respecte la singularité historique de chacune des nations composantes, à savoir la désignation démocratique du futur exécutif européen, une politique fiscale et budgétaire progressivement harmonisée, une dépense publique rationalisée validée par des économies d’échelle à tous les niveaux, la proscription de tout dumping sur les salaires et le choix stratégiques de l’emploi, un système de protection social exigeant, un instrument bancaire commun, bref, les Nations-Unies d’Europe.

Le traité budgétaire n’est ni bon ni mauvais. Il est dicté par les circonstances. Il est le fruit amer d’une croyance assez naïve tant dans la discipline des États que dans l’autorégulation des marchés et d’abord de la séance de sur-place politique postérieure à la mise en service de la monnaie unique. Ce traité n’est concevable qu’à la condition d’être rapidement dépassé par une initiative de grande ampleur allant dans le sens d’une union politique, à l’initiative des gouvernements, des parlements nationaux, du Parlement européen, et de tous les acteurs de la société européenne. Il est encore temps, mais le temps n’est pas illimité.

Signataires :

– Jean-Louis Bianco, ancien ministre, président CG des Alpes de Haute-Provence (PS)
– Sébastien Denaja, député de l’Hérault (PS)
– Jean-Pierre Mignard, avocat (membre du conseil national du PS)
– Robert Rochefort, député européen (MoDem)
– Dominique Voynet, maire de Montreuil (EELV)
– Yann Wehrling, porte-parole du MoDem

Contact : pourdesnationsuniesdeurope@gmail.com