L’écologie politique mérite mieux qu’EELV par Claudine Parayre

« Il faut partir ! Je quitte EELV », un parti « verrouillé de l’intérieur » qui « ne parle plus d’écologie politique ». « L’écologie politique mérite mieux qu’EELV car elle constitue toujours la seule alternative crédible. »
Il faut partir ! Comme beaucoup d’autres au cours de ces derniers mois, de ces dernières années, je quitte EELV ; anonyme, comme la plupart de celles et de ceux qui sont partis, même si j’étais suffisamment engagée pour être conseillère fédérale et membre du bureau du Conseil d’orientation politique d’EELV.
Pas de goutte d’eau récente qui fasse déborder un vase très plein, juste deux certitudes : EELV est verrouillé par une entreprise bien menée dans la tradition de l’entrisme, mais conduite de l’intérieur et donc rien n’y changera ; une seconde certitude, le refus de cautionner ce parti qui ne parle plus d’écologie politique, n’en fait plus.
Car c’est là le fond de mon désaccord.

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Déconnecté des combats environnementaux

Toutes les listes de discussion interne dénoncent l’accaparement du parti par quelques-uns soucieux avant tout de leur carrière, mais sait-on à quel point ce parti est soumis désormais à ses élus de tous niveaux, et à leurs collaborateurs ? Est-ce là l’explication à la disparition de l’écologie du radar d’EELV ?
Tout comme notre école reproduit le modèle social, privilégiant la reproduction des « élites », EELV voit la fuite rapide de ses adhérents et n’attire plus qu’un certain type d’adhérents entrant naturellement dans le discours socialement correct d’EELV et conforme aux institutions, permettant de s’y faire une place.
EELV a toujours défendu d’avoir un pied dans les institutions, un pied dans le « mouvement social » ; c’est juste un « petit orteil alibi » ou un « gros orteil récupération » qui désormais font le pendant au pied dans les institutions qui lui, a largement enflé.
Le milieu associatif porteur des combats environnementaux ne s’y est pas trompé, fortement déçu par le décalage entre le discours et les actes, il s’est éloigné depuis longtemps d’EELV. Simultanément la nouvelle force contestataire que représentent les jeunes impliqués dans des combats écolos de terrain n’a pas trouvé dans EELV le relais politique à ses aspirations.
Pourquoi les mots “nature”, “environnement” ne sont-ils plus prononcés à EELV ? Parfois on les retrouve au détour d’une motion, d’un texte, plaqués sans cohérence, car il faut bien les caser, pour donner un vernis écolo, mais où sont-ils transcrits en actions concrètes ? Après le green washing, l’écolo washing, qui amène récemment des dirigeants d’EELV à proposer l’écologie comme simple soutien à la logique de croissance, la fameuse « croissance verte » !
Plus aucune réflexion structurante sur ces fondamentaux qui doivent guider la pensée de l’écologie politique ; cette grille d’analyse qui fait que l’écologie dépasse le seul environnement et l’intègre dans une démarche systémique impliquant des choix économiques, sociaux, sociétaux, démocratiques. Cette grille d’analyse qui place au premier plan l’accélération des dégradations environnementales, les atteintes irrémédiables à la biodiversité, la perte de la fonctionnalité du système vivant, le pillage de la planète, l’illusion de l’énergie bon marché, le changement climatique.

Contradictions

C’est ainsi qu’EELV peut se contenter de constater des désaccords sur Notre-Dame-des-Landes et rester dans l’exécutif régional des Pays de Loire. C’est ainsi qu’une ministre et des conseillers régionaux franciliens ont avalisé un Grand Paris inscrit dans la course à la croissance, destructeur de terres agricoles, qui contribue à la délocalisation de l’emploi, éloigne habitat et domicile, accroît de façon démesurée l’empreinte écologique de l’Ile-de-France et renforce les inégalités entre les territoires et les régions !
C’est ainsi que des élus ont pu soutenir la politique de métropolisation qui déménage le territoire là où l’on devrait renforcer la ruralité et les villes moyennes pour relocaliser l’économie, s’appuyer sur les racines des habitants pour revivifier des territoires et favoriser toutes les initiatives citoyennes de transition, d’économie d’énergie, de rythme de vie choisi et non contraint par la vitesse, remettant en question la surconsommation.
C’est ainsi qu’aucune réflexion n’est menée sur emploi et empreinte écologique, là où il devient urgent de considérer que toute activité économique est source de pollutions, de destructions de ressources, d’empreinte carbone…
Ligne Lyon-Turin, nouveaux TGV inutiles, destructions de forêts, de terres agricoles, extraction de sables, forages pétroliers en zone protégée, bétonisation des côtes, industrialisation massive des élevages, utilisation accrue des pesticides et des substances toxiques au quotidien, détricotage du code de l’environnement, OGM remis au goût du jour, construction de nouveaux réacteurs nucléaires, demain extraction des gaz de schistes peut-être au motif de faire de la recherche ?
Face à la course croissanciste véhiculée par tous les autres partis, modèle dépassé mais porté par des intérêts financiers puissants aussi bien que par des idéologies vieillottes, les citoyens et citoyennes doivent pouvoir démasquer les choix qui leur sont imposés, décrypter la réalité de ce qui les attend et exiger des politiques publiques qui mettent la planète au cœur des solutions. L’écologie politique mérite mieux qu’EELV car l’écologie politique constitue toujours la seule alternative crédible.
Demain, il faudra reconstruire (ailleurs ?) pour oser enfin l’écologie politique.

Claudine Parayre est adhérente de Cyber @cteurs et membre du COSTIF (Coordination pour la solidarité des territoires d’Ile-de-France).

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