Financement des réacteurs nucléaires innovants (SMR) via France 2030 et autres programmes de subventions publiques

Les projets de petits réacteurs dits SMR pour Small Modular Reactors dans le cadre de l’appel à projet « France 2030 » sont censés représenter le miracle pour contourner la crise du “grand” nucléaire dans le monde et résoudre la crise climatique. Demandons à la cour des comptes de se pencher sur cette industrie d’assistés.

Les “petits réacteurs modulaires” (SMR) bénéficient d’aides publiques par le programme “France 2030”.  Lancé en 2022, cet appel à projet a pour but de faire émerger des « champions » du privé à l’aide de subventions publiques. Avec 11 lauréats, la 1ère phase avait déjà coûté 157,6 millions d’euros. La deuxième phase vient juste d’être lancée et avec 3 candidats retenus, on comptabilise déjà 95,5 millions d’aides publiques !

Demandons à la Cour des comptes d’étudier la question ! Plus la proposition sera soutenue et commentée, plus elle a de chances d’être retenue ! 

Le volet «nouveau nucléaire» de «France 2030» occupe la première place du podium en terme de budget avec 1 milliard d’euros alloué à des «réacteurs nucléaires innovants» (dits SMR). 

Lancé en 2022, cet appel à projet a pour but de faire émerger des «champions» du privé à l’aide de subventions publiques. 11 projets ont été sélectionnés pour la 1ère phase d’accompagnement avec des montants d’aide allant de 3 millions (GenF) à 32 millions pour la start-up Jimmy Energy. 

Nous apprenions récemment que Newcleo, qui avait bénéficié d’une subvention de 14,8 millions lors de la première phase, ne passera pas le 2ème niveau et ne sera donc plus accompagnée à cause de la faiblesse de son modèle. Naarea, qui avait raflé 10 millions d’euros, a été liquidée en janvier 2026. 

La 1ère phase de «France 2030» aura fait l’objet de 157,6millions d’euros de subventions. Sans compter le projet Nuward d’EDF qui bénéficie d’une enveloppe France 2030 dédiée de 300 millions d’euros, versée progressivement. 

En mars 2026, 2 lauréats de la phase 2 ont été annoncés officiellement à l’occasion du Sommet sur l’énergie nucléaire: Jimmy Energy, qui décroche une subvention de 40 millions d’euros venant compléter les 32 millions de la 1ère phase, et Calogena qui repart avec 48 millions d’euros. 

En mai 2026, la société Otrera a annoncé l’entrée d’EDF à son capital ainsi que son sésame pour la 2ème phase de France 2030 avec 7,5 millions d’euros de subventions. Avec seulement 3 lauréats officiels sur les 13 dossiers reçus, la 2ème phase atteint déjà 95,5millions d’euros d’aides sans compter les subventions qui seront perçues par le CEA pour leur accompagnement. En effet, parmi les 11 lauréats de la première phase, 9 projets étaient soutenus techniquement par le CEA pour un montant total d’aide de 27,8 millions d’euros. 

On apprend également qu’une concertation préalable va être lancée pour l’installation d’un SMR Calogena sur le site du CEA de Cadarache qui va mettre à disposition du foncier. En avril 2026, Hexana annonce être «sortie» du dispositif «France 2030» pour se tourner vers les millions d’euros prévus par le programme «fermeture du cycle du combustible» piloté par le CEA, ORANO, EDF et Framatome et décidé par le Président de la République en conseil de politique nucléaire le 12 mars 2026. 

Le Conseil de politique nucléaire a ainsi décidé de lancer une phase d’études de 4 ans permettant de concevoir des installations de fermeture du cycle sur la base du retour d’expérience national, puis d’envisager, à l’horizon 2030, le lancement de la construction d’un premier réacteur à neutrons rapides. Le Conseil demande que le plan de financement intègre des partenariats européens et internationaux, ainsi que des contributions des industriels. 

Ce nouveau programme va donc flécher directement les fonds de subventions vers les sociétés d’une technologie en particulier (neutrons rapides) dont font partie Otrera et Hexana, toutes deux accompagnées par le CEA via «France 2030» et qui seront donc a priori bien placées pour recevoir des subventions par ce nouveau programme piloté en partie par le CEA. L’entrée d’EDF au capital d’Otrera intervient 2 mois après l’annonce de ce nouveau programme de subventions piloté en partie par EDF. 

Qu’est-ce que la plateforme citoyenne de la Cour des comptes ?

La plateforme de participation citoyenne de la Cour des comptes permet à chacun de proposer des thèmes de contrôle ou d’enquête répondant aux enjeux et préoccupations actuelles de notre société.

Par exemple, lors de la campagne 2024, plusieurs contributions ont porté sur le coût du soutien de l’État aux énergies renouvelables (EnR), et en particulier le soutien à la filière photovoltaïque. En réponse à ces sollicitations, il a été décidé par la Cour d’étendre un contrôle devant initialement porter sur les charges de service public de l’énergie (SPE) à la question du soutien budgétaire aux énergies renouvelables…

Les promesses de façade des petits réacteurs modulaires

https://www.sortirdunucleaire.org/Les-promesses-de-facade-des-petits-reacteurs

Nous demandons à la cour des comptes d’analyser les subventions publiques qui financent l’écosystème des petits réacteurs modulaires nucléaires via les programmes d’accompagnement de France 2030 et de la «Fermeture du cycle».

Merci de prendre quelques minutes pour soutenir ET commenter au maximum la proposition et de partager le lien autour de vous

consultation cour des comptes

https://participationcitoyenne.ccomptes.fr/processes/consultation-2026/f/81/proposals/4530 

13es JOURNÉES D’ÉTUDE d’ARRÊT DU NUCLÉAIRE les 3, 4 et 5 juillet 2026 à Fromental (87)

Le collectif Arrêt du nucléaire, né il y a dix ans, poursuit la tradition des « journées d’étude » en invitant tous les antinucléaires de France et d’ailleurs à venir s’informer, échanger et réfléchir ensemble sur l’état de l’industrie nucléaire et les moyens de la combattre.
Comprendre la fragilité technique et financière de cette industrie, mal masquée par la « relance » voulue par Macron et les divers projets de SMR, ainsi que les tensions liées à la gestion de l’électricité, devrait nous aider à lutter efficacement pour obtenir enfin l’arrêt du nucléaire civil et militaire, véritable poison pour l’humanité.

PROGRAMME

Vendredi 3 juillet
17 h : accueil, puis repas (auberge espagnole)
20 h : Conférence de Stéphane Lhomme sur l’état du nucléaire en France et dans le monde

Samedi 4 juillet,  matin :
Les failles du système de production et de gestion du nucléaire civil (tissu industriel, gouvernance,financement) et le poids des forces qui le maintiennent en vie (soutien de l’Etat, des médias, des syndicats, liens avec le nucléaire militaire…)
Débat, avec la contribution de Thierry Gadault

Samedi 4 juillet, après-midi :
Quelle production pour quelle consommation d’électricité ? Quelle évolution du réseau ?
– Première partie : Tensions actuelles et prévisibles, et projets des gestionnaires
– Deuxième partie : Conceptions et expériences alternatives
Débat, avec les contributions de Stéphane Lhomme, Thierry Gadault et de membres d’ADN

Samedi 4 juillet, soir : initiatives conviviales et réunion interne au collectif Arrêt du nucléaire

Dimanche 5 juillet, matin :
Stratégies de lutte
– Etat des résistances à Bure, La Hague, Malvési…
– La probabilité d’un accident nucléaire : pour une prise de conscience largement partagée
– Faire le lien avec les luttes connexes : contre les projets extractivistes, les data centers, pour la préservation de l’eau et des biens communs…
Débat, avec les contributions des membres de collectifs de lutte présents

INFOS PRATIQUES
Lieu : à 50 m de la gare de Fromental (Haute-Vienne, à 20 km de La Souterraine).
Hébergement en chambres collectives ou sous tente (Les draps et serviettes de toilette ne sont pas fournis). Repas préparés par les participants.
Prix global indicatif : 50 euros (règlement sur place) comprenant l’hébergement ainsi que les repas du samedi midi et soir et du dimanche midi.

Inscription (indispensable) : écrire à ADN-JE2026@proton.me – Indiquer nom et prénom [+ association ou collectif], et vos coordonnées (mail et/ou téléphone au moins). Préciser : 1) si vous comptez camper ou être hébergé
2) Si vous êtes ou pas végétarien.

CONSULTATION CONCERNANT LE 4ÈME RÉEXAMEN PÉRIODIQUE DES RÉACTEURS ÉLECTRONUCLÉAIRES N° 3 ET 4 DE L’INSTALLATION NUCLÉAIRE DE BASE INB N°88, SITUÉS SUR LE CENTRE NUCLÉAIRE DE PRODUCTION D’ÉLECTRICITÉ (CNPE) DU TRICASTIN

Voir le registre dématérialisé

https://www.registre-dematerialise.fr/7156/download/document/6927/avis-denquete-publique

Déposer une contribution JUSQU’AU 5 juin
https://www.registre-dematerialise.fr/7156/contribuez

Plutôt que de vous concocter une réponse type, nous vous proposons
1 de réaliser votre réponse à partir de nos 3 dernières actions sur Tricastin
2 de la déposer sur le regristre dématérialisé
3 de la déposer dans les commentaires de ce blog pour en inspirer d’autres.

Bilan de la cyberaction : Stop au Tricastin N°2

Bilan de la cyberaction : Stop Tricastin 40 ans, ça suffit !

Bilan de la cyberaction : panel citoyen pour l’arrêt du nucléaire

https://www.cyberacteurs.org/archives/bilan.php?id=5185

Une enquête publique sur le réexamen des réacteurs de la centrale nucléaire du Tricastin 

https://c.ledauphine.com/economie/2026/05/07/une-enquete-publique-sur-le-reexamen-des-reacteurs-de-la-centrale-nucleaire-du-tricastin

Fukushima, 15 ans après.

La catastrophe nucléaire de Fukushima, le 11 mars 2011, au Japon est survenue à la suite du séisme d’une magnitude 9, provoquant un tsunami avec une vague qui s’est répandue jusqu’à dix kilomètres à l’intérieur des terres de la côte orientale japonaise, faisant plus de 18 000 morts par noyade. La vague a atteint une hauteur de 15 mètres au niveau de la centrale nucléaire de Fukushima Daichi située sur le littoral, et mis hors service les systèmes assurant le refroidissement des réacteurs et des piscines de stockage des combustibles usés  ce qui a entraîné la fusion des cœurs de 3 réacteurs  ainsi que la surchauffe de la piscine du réacteur 4.
La catastrophe est classée au même degré de gravité que celle de Tchernobyl survenue il  y a 40 ans.

La catastrophe est toujours en cours, Les “corium”, cœurs fondu, sont inaccessibles du fait de leurs  températures et de leurs rayonnements radioactifs trop intenses. Il faut leur injecter de l’eau en permanence pour les refroidir, eau devenue radioactive et impossible à stocker en quantité trop élevée, donc rejetée en mer, contaminant les eaux du Pacifique et les poissons péchés.
Des zones importantes de la région ont été contaminées et rendues dangereuses à être habitées, le gouvernement japonais œuvre à convaincre les habitants évacués à revenir, mais ce sont surtout les gens âgés qui acceptent d’en courir le risque, les jeunes avec enfant restent réticents.
Avec le criminel programme Ethos, porté spécialement par Jacques Lochard, le lobby nucléaire français a efficacement agit pour minorer les conséquences de la catastrophe, de façon à éviter que soit remis en cause la production atomique de l’électricité.

Kolin Kobayashi, journaliste japonais fait une mise au point sur le programme Ethos développé à Fukushima comme à Tchernobyl pour rendre les populations responsables de leur contamination dans le “jardin nucléaire”.
https://www.fukushima-blog.com/ 
L’auteur dénonce l’inhumanité et les mensonges des organismes nationaux et internationaux qui ne sont pas là pour nous protéger  mais pour  veiller à ce que l’industrie nucléaire ne soit pas remise en cause et que tout accident atomique dont nous pourrions être victime soit économiquement supportable.
Rappelons-nous le nuage de Tchernobyl arrété à nos frontières en 1986; depuis, combien de nos concitoyens ont souffert de maladies de la thyroide et d’autres pathologies graves….?

Mediapart a publié un dossier comportant 3 articles sur la catastrophe nucléaire, « Fukushima, 15 ans après : un quotidien radioactif ».
« À Fukushima : 15 ans après l’accident nucléaire, l’infinie litanie des victimes » :
https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/090326/fukushima-15-ans-apres-l-accident-nucleaire-l-infinie-litanie-des-victimes 

Pierre Péguin.

Dimanche 24 août , Rando Plogoff memoire d’une lutte et festival Plug’off

affiche 12RandoPlogoff

En commémoration des 80 ans d’Hiroshima et Nagazaki, la 12 eme rando organisée par Plogoff mémoire d’une lutte auquelle se sont associées Sortir du nucléaire Cornouaille et le collectif Autonomia rappelle son opposition au nucléaire civil et militaire.

Dès le 23 août 17h, commence la 2eme édition du Festival Plug off à la ferme de Penneac’h à Plogoff pour se terminer dimanche 24 août à 19h avec la  12 ème Rando de Plogoff mémoire d’une Lutte.

Plug Off

Le thème cette année “Atome civil et militaire, les liaisons dangereuses”        sera décliné à l’occasion  de 4 étapes d’une boucle,  à partir de la Baie des Trépassés.

Rendez vous à  la Baie à 9H30.

Départ 9H45 pour un retour à la Baie vers 12H30.

Nous rejoindrons la ferme de Penneac’h en voiture pour  le Festival Plug’off organisé par notre association partenaire “Autonomia”.                        L’itinéraire vous sera précisé.

Plug Off 2

Là, nous pourrons sortir notre pique nique du sac ou profiter de la restauration proposée dans l’enceinte du Festival.

Consultation jusqu’au 5 aout : vers une falsification généralisée des DPE ?

Un projet d’arrêté, soumis en catimini à consultation publique, prévoit une falsification massive des résultats des diagnostics de performance énergétique (DPE) des logements. S’il est publié en l’état il conduira au maintien dans la précarité énergétique d’une partie importante des occupants des 850 000 logements, mal isolés et chauffés à l’électricité, visés par ce texte.
Texte de François VALLET

Un projet d’arrêté, susceptible de modifier notablement les résultats des diagnostics de performance énergétique (DPE) des logements, est en consultation publique jusqu’au 5 août 2025[1]. Par ce texte, le gouvernement compte s’affranchir de tout effort pour réduire la précarité énergétique des occupants de logements mal isolés chauffés à l’électricité. Pour rendre leur étiquette énergie plus présentable en absence de travaux d’amélioration énergétique, une simple modification d’un facteur de conversion suffirait.

Mais ce n’est ni juste, ni souhaitable et encore moins conforme aux objectifs européens d’amélioration de l’efficacité énergétique, dans un contexte de tensions géopolitiques fortes.

Actuellement, la consommation d’électricité (énergie finale) calculée pour établir les DPE est multipliée par un facteur fixé à 2,3 pour la conversion en énergie primaire (celle consommée par le système de production d’électricité). La consommation d’énergie primaire obtenue, ramenée au m² de surface de logement, est utilisée pour établir l’étiquette énergie des logements. Ceux-ci sont classés sur une échelle qui va de A (les moins consommateurs en énergie primaire) à G (les plus consommateurs).

La modification prévue par le gouvernement consisterait à ramener le facteur de conversion de 2,3 à 1,9, pour « mieux tenir compte des spécificités du mix électrique français et focaliser les efforts de rénovation énergétique sur les logements les plus émetteurs de gaz à effet de serre ».

Mais en réalité ni la valeur de 2,3, ni la valeur de 1,9, ne tiennent compte des spécificités du mix électrique français[2]. Il est pourtant facile, en utilisant les statistiques énergétiques, de déterminer un facteur de conversion conforme à la réalité. En 2023 il était de l’ordre de 2,8 en prenant en compte les pertes de transport et de distribution des réseaux électriques publics. En effet, la quantité d’énergie primaire consommée cette année-là, pour la production d’électricité, était de 1 263 TWh (térawattheures). La quantité d’électricité utilisée pour la consommation finale et pour le solde exportateur était alors de 448 TWh[3]. La valeur moyenne du facteur de conversion, pour les années 2021, 2022 et 2023, est de 2,85. Les données provisoires disponibles pour l’année 2024 conduisent à une valeur de 2,93 en augmentation par rapport à la moyenne des 3 années précédentes. Ce facteur élevé est dû essentiellement à la forte proportion d’énergie nucléaire dans le mix de production électrique français (près de 65% en 2023 et 67% en 2024) et au faible rendement de conversion de la chaleur en électricité dans les réacteurs nucléaires (de l’ordre de 30%).

Le système électrique français est peu efficace comparativement à la moyenne de l’ensemble des 27 pays de l’Union Européenne, dont le facteur de conversion était proche de 1,8 en 2023. Le gouvernement français, en utilisant la valeur de 1,9 qui figure dans la directive européenne sur l’efficacité énergétique[4], se trompe de méthode. C’est un usage inapproprié de la directive qui indique : « Pour les économies d’électricité en kWh, les États membres appliquent un coefficient afin de calculer avec exactitude les économies d’énergie primaire qui en résultent. Les États membres appliquent un coefficient par défaut de 1,9, sauf  s’ils font usage de leur pouvoir discrétionnaire de définir un coefficient différent en fonction de circonstances nationales justifiées. ». L’utilisation d’un coefficient d’énergie primaire de 1,9, tel qu’il est inscrit dans le projet d’arrêté, ne permet pas d’évaluer avec exactitude les économies d’énergie primaire qui résulteraient de travaux d’amélioration énergétique des logements chauffés à l’électricité. En outre, elle ne permettrait pas de mesurer correctement l’effet de l’ensemble des dispositions de la directive européenne transposées en droit français.

En changeant les graduations du « thermomètre », qui met en évidence une faible efficacité énergétique du système français de production-transport-distribution d’électricité, le gouvernement ferait sortir des classes les plus mauvaises du DPE (F et G) les logements mal ou pas isolés et chauffés à l’électricité.

Selon les indications des ministères concernés[5], « le passage d’un coefficient d’énergie primaire de 2,3 à 1,9 aura pour conséquence la sortie d’environ 850 000 logements (sur la base des chiffres au 1erjanvier 2023), principalement chauffés à l’électricité, du statut de passoire énergétique (classe F ou G du DPE) parmi les 4,8 millions de passoires que comptait le parc de résidences principales à cette date ».

La manœuvre est grossière et assumée. Il s’agit bien pour le gouvernement d’éviter d’avoir à aider les travaux de rénovation énergétique des logements classés F ou G chauffés à l’électricité. Pour les logements en location concernés cela éviterait aussi qu’ils soient exclus du marché locatif. Rien ne garantit par ailleurs que, dans le même temps, les aides publiques seront suffisantes pour « focaliser les efforts de rénovation énergétique sur les logements les plus émetteurs de gaz à effet de serre ».

S’il est adopté, ce projet d’arrêté conduira au maintien dans la précarité énergétique de la plupart des occupants des 850 000 logements concernés. C’est pourtant bien ceux dans lesquels il faudrait en priorité réaliser des travaux pour améliorer le confort thermique, pour permettre à leurs occupants de maîtriser leurs dépenses d’énergie et aussi pour améliorer l’efficacité énergétique globale du système énergétique français.

Ce n’est pas une bonne politique au moment où une Directive européenne impose aux États membres, de manière tout à fait justifiée, de donner la « primauté à l’efficacité énergétique ». Celle du système énergétique français est mauvaise du fait des politiques énergétiques qui ont fait et qui continuent de faire la promotion du « tout nucléaire, tout électrique ».

Cette politique nous enferme dans la dépendance à la Russie pour nos importations d’uranium[6]. Elle nous enferme aussi dans la dépendance aux États-Unis pour les technologies nucléaires[7]. Elle nous enferme enfin dans la dépendance aux marchés financiers pour le service de la dette provoquée par les divers fiascos de l’industrie nucléaire tricolore (EPR finlandais, chinois, de Flamanville, d’Hinkley Point, etc.). Elle est en outre mauvaise pour le climat puisque les centrales nucléaires réchauffent les portions de planète sur lesquelles elles sont installées par des rejets considérables de chaleur qui s’accumulent et augmentent inexorablement la température de l’air, de l’eau et des sols[8][9].

consultation

[1] https://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/consultation-publique-portant-sur-le-projet-d-a3204.html

[2] Une de celle-ci est le rejet direct et massif de chaleur issue des réacteurs nucléaires qui aggrave le réchauffement climatique. La chaleur rejetée directement dans l’environnement par les centrales nucléaires françaises (un peu plus de 700 TWh en 2023) représente plus de 2,5 fois l’énergie nécessaire au chauffage de l’ensemble des logements en France. C’est aussi l’équivalent de la moitié de toutes les consommations d’énergie finale du pays (1 463 TWh en 2023).

[3] https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/edition-numerique/chiffres-cles-energie/19-bilan-de-lenergie-en-france

[4] Directive (UE) 2023/1791 du parlement européen et du conseil du 13 septembre 2023 relative à l’efficacité énergétique

https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:32023L1791

[5] Évolutions du calcul du DPE : les réponses à vos questions – Foire aux questions (FAQ) sur le facteur de conversion en énergie primaire de l’électricité dans le DPE – Quel impact sur les passoires énergétiques et le parc de logement en France ?

https://www.ecologie.gouv.fr/actualites/evolutions-du-calcul-du-dpe-reponses-vos-questions

[6] Voir à ce sujet le documentaire d’Arte, « Rosatom, le piège de Poutine » :

https://www.arte.tv/fr/videos/115068-000-A/nucleaire-le-piege-de-poutine/

[7] Lire à ce sujet l’article du Canard Enchaîné du 23 juillet 2025, « L’accord secret imposé par Trump pour faire plier le nucléaire français ».

[8] https://blogs.mediapart.fr/francois-vallet/blog/201223/petite-chronique-de-la-francatomique-energie-nucleaire-et-climat-le-grand-mensonge

[9] https://blogs.mediapart.fr/francois-vallet/blog/091121/l-energie-nucleaire-rechauffe-la-planete-et-le-climat

Nucléaire : les dernières infos mises en ligne

Fukushima, 14ans après…

Nucléaire : l’arrêt de l’EPR de Flamanville à nouveau prolongé
https://reporterre.net/Nucleaire-l-arret-de-l-EPR-de-Flamanville-a-nouveau-prolonge

Michel Lablanquie, chercheur au CNRS en retraite un gros travail de collecte et de mise en ligne de réflexions et actions antinucléaires ainsi que d’actualités sur le nucléaire. En voici les dernières nouvelles.

– l’agenda mis à jour des actions 2025 : http://collectif-adn.fr/index.html#actions2025.

– le texte qu’Yves Lenoir a lu hier place de la république à Paris pour la commémoration du 14e anniversaire de la tragédie de Fukushima : http://collectif-adn.fr/2025/Fukushima-etb.html.

– Deux focus sur Fukushima et Tchernobyl, pour les anniversaires de ces tragédies et rappeler qu’elles sont toujours d’actualité.

– l’exposition « Apocalypse d’hier et demain » à la BNF – en lien avec le prochain anniversaire des 80 ans d’Hiroshima et Nagasaki : http://collectif-adn.fr/index.html#apocalypse.

– un petit focus sur les luttes antinucléaires : http://collectif-adn.fr/index.html#histoires-de-luttes.

– le dernier éditorial de Stéphane Lhomme : http://collectif-adn.fr/index.html#observatoire.

– la dernière lettre de François Vallet, dans le cadre des débats en cours sur les EPR2 : http://collectif-adn.fr/index.html#debats-publics.

– un texte sur Médiapart à propos de l’agenda vert sabordé par la commission européenne, et le concept de « Neutralité technologique » http://collectif-adn.fr/index.html#neutralite-technologique.

– le texte de Jean-Luc Pasquinet « Non au nucléaire, oui aux alternatives », mais de quelles alternatives s’agit-il, culturelles ou techno-centrées ? (avec un petit focus sur Alain Gras) : http://collectif-adn.fr/index.html#avec-decroissance.

– quelques infos sur l’IA, avec entre autres le texte de Celia Izoard « nous devons combattre l e fanatisme technologique » : http://collectif-adn.fr/index.html#aieaieia.

– le dossier sur Gravelines, toujours d’actualité : http://collectif-adn.fr/index.html#vamosalaplaya.

Par ailleurs, Enfants de Tchernobyl Belarus a posté sur l’espace framapad de la coordination antinucléaire qui se réunira ce soir par visio le texte suivant :

Nous sommes à la veille des anniversaires des tragédies de Fukushima et de Tchernobyl, survenues respectivement il y a 14 et 39 ans. Pas facile les chiffres pas tout à fait rond, même si c’est tous les jours que les populations autour de ces deux centrales accidentées font face aux contaminations rad ioactives.

Yves Lenoir, président d’Enfants de Tchernobyl Belarus le rappelle dans le message de solidarité qu’il a lu hier place de la République à Paris, pour les commémorations des 14 ans de Fukushima : http://collectif-adn.fr/index.html#actions2025 : « Au Belarus, aujourd’hui comme hier, la menace radioactive y atteint parfois des niveaux hallucinants : dans les cinq dernières années BELRAD a trouvé des contaminations de 50 000 à 350 000 Bq/kg dans des échantillons de champignons séchés provenant des forêts du pays, soit de 20 à 140 fois la limite pour la commercialisation de ce produit. Si ces champignons n’avaient pas été contrôlés, ils auraient été cuisinés dans la soupe que les paysans et leurs enfants consomment chaque soir d’hiver dans ce pays. »

Enfants de Tchernobyl Belarus renouvelle sa proposition d’action aux groupes et militants antinucléaires, avec sa campagne « Une pomme pour Belrad ». Il s’agit de vendre des pommes au profit de l’Institut Belrad. Cette action simple à réaliser, dont les modalités sont rappelées ici : https://enfants-tchernobyl-belarus.org/etb/unepommepourbelrad.html, nous donnerait l’occasion d’aller au devant des gens, lors de marchés ou autres, pour porter une parole antinucléaire dans l’espace public. Sans interférer sur les actions collectives que la coordination pourraient décider, la proposition d’ETB s’y rajoute. Un nouveau visuel est proposé, mis en dessin par Alexandre Clérisse. Merci de bien vouloir relayer cette proposit ion !

Nucléaire, débats publics, dégâts publics

Madame, Monsieur,

Vous la savez certainement, la "relance" du nucléaire en France
nécessite de respecter quelques procédures minimales.
C'est pourquoi plusieurs débats publics, sur des projets de construction
de nouvelles installations nucléaires sont en cours ou en projet.
L'un, qui concerne le projet d'EDF de construire une paire d’EPR à
Gravelines, se terminera le 17 janvier 2025 :
https://www.debatpublic.fr/projet-nouveaux-reacteurs-nucleaires-gravelines
Un autre est prévu entre le 28 janvier et le 15 mai 2025 sur le projet
d'EDF de construire une paire d’EPR au Bugey :
https://www.debatpublic.fr/construction-dune-paire-de-reacteurs-epr2-sur-le-site-du-bugey-5849

Les débats publics étant forcément biaisés, dès lors que les décisions
sont déjà prises au plus haut sommet de l'Etat, il est nécessaire de
faire savoir par d'autres voies et le plus largement possible qu’il y a
des raisons tout à fait raisonnables de s’opposer aux projets d’EPR2.

Parmi ces « raisons raisonnables » il y a le manque de compétitivité de
l'énergie nucléaire. Les projets d'EPR2 ne peuvent que l'aggraver.

J’ai écrit une lettre d’information à ce sujet et vous la mets en pièce
jointe. Elle est aussi en ligne sur un blog hébergé par Mediapart : 
https://blogs.mediapart.fr/francois-vallet/blog/030125/nucleaire-debats-publics-degats-publics-2

Je vous en souhaite bonne réception et vous prie de recevoir mes
meilleurs voeux pour 2025.

François Vallet

Coût du nucléaire, prix de l’électricité, dette publique

François Vallet – 5 novembre 2024
Dans son projet de budget pour 2025 le gouvernement prévoit d’augmenter les taxes sur l’électricité, pour réduire le déficit public, mais aussi la mise en place d’un mécanisme qui permettrait de partager « les revenus du nucléaire historique avec les consommateurs ». Alors que l’Assemblée Nationale en débat et qu’il y a un « grand flou » sur les
coûts du nucléaire1, il est indispensable de s’interroger sur les impensés nucléaristes sous-jacents.

Bref rappel historique sur la « ligne Maginot » atomique qui ne nous a protégés de rien

Il y a 50 ans, en 1974 après le premier « choc-pétrolier », le premier ministre Pierre Messmer confirmait le lancement du programme de construction de 200 réacteurs nucléaires à horizon 20002. Ils devaient assurer l’indépendance énergétique de la France en l’affranchissant de sa dépendance au pétrole. EDF était alors en situation de quasi-
monopole pour la production, le transport, la distribution et la commercialisation d’électricité en France. Tout, ou presque, était dans les mains de l’Etat et de « l’électricien national » pour nucléariser la France en moins de 25 ans à l’aide de technologies états-uniennes (le choix avait été fait de construire les réacteurs sous licences Westinghouse et
General Electric). Pendant cette période, la France est devenue le pays d’Europe le plus « thermo-sensible » à cause du développement massif du chauffage électrique, promu par EDF pour financer son programme nucléaire. Lors des périodes froides et de forte consommation, du fait du chauffage électrique, la sécurité d’approvisionnement et
l’équilibre du réseau électrique français dépendent de la disponibilité des moyens de production de nos voisins européens. Le choix politique du nucléaire a conduit à ce type de dépendance et à une réalité beaucoup moins médiatisée que le prix de l’électricité : le taux d’indépendance énergétique de la France a été divisé par 1,7 entre 1974
et 20213. La France est parmi les cancres de l’Europe pour la part de sa production par les énergies renouvelables 4.

Le président Macron ne pouvait pas ignorer ces faits. Pourtant le 8 décembre 2020, lors de son discours au Creusot5, il énonçait le cadre général de l’enfermement dans un modèle dangereux (extraits): « Sans nucléaire civil, pas de nucléaire militaire, sans nucléaire militaire pas de nucléaire civil … Le nucléaire restera la pierre angulaire de notre
autonomie stratégique. C’est bien sûr la dissuasion dans toutes ses composantes, c’est la propulsion de nos sous-marins nucléaires lanceurs d’engins comme d’attaque. C’est aussi la propulsion nucléaire de nos porte-avions.».
Le 10 février 2022, lors de son discours à Belfort6, l’Encore Président de la République annonçait les décisions destinées à la perpétuation de ce modèle dépassé (extraits) : « Sur la base des travaux de RTE et de l’Agence internationale de l’énergie, j’ai pris deux décisions fortes.
La première est de prolonger tous les réacteurs nucléaires qui peuvent l’être sans rien céder sur la sûreté. Ce sont des choix éclairés par l’expertise et par la science….
La seconde décision qui s’inscrit dans le prolongement de l’engagement solennel que j’ai pris devant les Français le 9 novembre dernier : compte tenu des besoins en électricité, de la nécessité d’anticiper aussi, la transition, la fin du parc existant qui ne pourra être prolongé indéfiniment, nous allons lancer dès aujourd’hui un programme de nouveaux
réacteurs nucléaires. »

Enfermé dans un mode de raisonnement du siècle dernier il ne pouvait évidemment pas anticiper (gouverner c’est pourtant prévoir) que l’ampleur des défaillances de réacteurs nucléaires provoquerait une tout aussi ample réduction de la production d’électricité en France, entre fin 2021 et début 2023. Ni qu’une guerre déclenchée par la Russie en
Ukraine, puis le sabotage des gazoducs Nordstream 1 et 2 (probablement piloté par les Etats-Unis), priveraient la plupart des pays européens d’une partie importante de leur approvisionnement en gaz.

La conséquence de ces deux événements a été une très forte hausse des prix de l’électricité et des factures pour les consommateurs. Nous n’avons cependant pas manqué d’électricité car, heureusement, il existe des interconnexions
de puissances suffisantes, un marché de l’électricité organisé avec les principaux pays riverains et des moyens de production non nucléaire en état de fonctionnement dans ces pays (principalement l’Allemagne et l’Espagne). Les fournisseurs français, en particulier EDF, ont alors importé ce qui était nécessaire à notre approvisionnement.
Les défaillances de la production nucléaire, sa très forte sensibilité aux crises, sanitaires et géopolitiques7, son inadaptation aux canicules8, sont structurelles et en grande partie prévisibles. Elles constituent pourtant un « impensé nucléariste » des décideurs politiques français qui ont tout misé sur l’énergie nucléaire, option coûteuse, fragile et
dangereuse. Ces décideurs ont préparé la crise en favorisant, pendant des décennies, une politique de mésusage de l’électricité (en particulier le chauffage électrique) et en ralentissant tout développement conséquent des énergies renouvelables. De leur côté, les décideurs politiques européens n’ont pas su dissuader l’autre Etat nucléariste du
continent, la Russie, dans son escalade guerrière contre l’Ukraine (les armes atomiques et les centrales nucléaires sont un enjeu essentiel du conflit). Ils ont aussi laissé faire les saboteurs de gazoducs.

Les coûts de production du nucléaire sont incalculables
C’est un autre « impensé nucléariste ». Dans un rapport de 20219 et dans sa « Conclusion intermédiaire » (page 43) la Cour des Comptes indique que les coûts de production du nucléaire et de l’hydraulique sont beaucoup bien moins documentés que ceux des filières en développement (éolien terrestre et photovoltaïque).
Cette remarque est assez surprenante pour deux filières aux mains d’EDF depuis des décennies. Elle n’a cependant pas empêché la Cour des Comptes, en utilisant sa propre méthode de calcul (« Cour 2012-2014 »), d’aboutir à un coût de production par le nucléaire, pour l’année 2019, de 64,8 €/MWh et même de 68,4 €/MWh en prenant en compte les coûts de « post-exploitation » (tableau 1 en page 23 du rapport).
D’autres estimations des coûts de production du nucléaire en France sont indiquées dans le rapport pour les années comprises entre 2011 et 2020 (graphique N°3 en page 25). Pour cette dernière année, les valeurs indiquées sont comprises entre un peu plus de 50 €/MWh et un peu moins de 75 €/MWh.
Aucune de ces estimations ne comporte un calcul d’incertitude sur les provisions nécessaires pour prendre en charge différents aléas qui se sont déjà produits ou qui ont une probabilité non négligeable de se produire au cours de la durée d’exploitation des installations nucléaires. Les coûts pris en compte, pour la gestion à long terme des déchets radioactifs, pour le démantèlement des installations définitivement arrêtées et pour celles actuellement en service, sont en outre notoirement sous-estimés10.
Le rapport de la Cour des Comptes présente par ailleurs un « Extrait des données de coûts de production d’électricité de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), selon les différentes technologies et régions du monde ». Le coût moyen actualisé de la production nucléaire, en 2020 en Europe, y est estimé à 150 $/MWh (soit environ 135 €/MWh) pour
un facteur de charge moyen des réacteurs nucléaires de 75%.
Les coûts moyens de production de l’électricité nucléaire seraient donc compris, pour l’année 2020, entre 50 et 135 €/MWh, selon les sources, les méthodes de calcul et les objectifs poursuivis. Mais comme l’indique la Cour (Graphique N°10 page 16 du rapport), ces coûts dépendent très fortement du « facteur de charge » annuel11.
Une variation de celui-ci, par rapport à la valeur utilisée pour le calcul du coût moyen, aura donc un effet sur le coût de production d’une année donnée.
En utilisant les données de la Cour des Comptes, issues de sa propre méthode de calcul, ainsi que le facteur de charge moyen de 52 % constaté en France en 2022, le coût de production de l’électricité nucléaire a atteint 84 €/MWh cette année-là, c’est-à-dire 42 €/MWh de plus que le tarif Arenh12.

L’impensé nucléariste explose les prix, les factures d’électricité et la dette publique

EDF, en vendant au tarif Arenh toute l’électricité nucléaire produite en 2022 (279 TWh), aurait donc perdu 11,7 Md€.
C’est un élément majeur de sa « perte historique » de 17,9 Md€ qui a fait grimper son endettement au niveau record de 64,5 Md€ fin 202213.
L’Etat a dû intervenir une nouvelle fois, après la faillite d’Areva, pour sauver de la faillite EDF, autre « fleuron » du nucléaire français. Il a dû intervenir aussi pour protéger les consommateurs d’électricité d’une hausse trop insupportable du prix de l’électricité et pour éviter de trop nombreuses défaillances d’entreprises.
Car lors de cette période de réalisation des « impensés nucléaristes », le déficit de production nucléaire en France a obligé l’ensemble des fournisseurs d’électricité, y compris EDF, à acheter de l’électricité au prix fort sur le marché européen, lui aussi en tension du fait de la guerre menée par la Russie (autre pays nucléariste) en Ukraine.
La hausse des coûts de l’énergie (en particulier du gaz), sur les marchés mondiaux, et du prix de l’électricité, sur le marché européen de l’électricité, ont provoqué une hausse importante des prix et des factures d’électricité pour les consommateurs ayant souscrit à une offre indexée sur les prix du marché. Elles ont aussi conduit à une concentration
de ce marché14, à la disparition de 4 fournisseurs d’électricité et à la sortie volontaire de 5 autres fournisseurs.

Pour les consommateurs bénéficiant du tarif réglementé de vente (TRV), ou d’un tarif indexé sur celui-ci ou encore d’un tarif à prix fixe sur 1 ou 2 ans, concernant au total plus de 94% des consommations des sites résidentiels (selon un rapport de 2024 de la Cour des Comptes), le choc avait été moindre dans un premier temps. Mais du fait du mode
de calcul du TRV il a été en partie répercuté en différé. Le TRV, pour les clients résidentiels (tarif bleu), est passé de 171,5 €/MWh hors TVA au deuxième semestre 2021 à 226 €/MWh au deuxième semestre 2023, soit une hausse de 32% en deux ans (c’est approximativement le pourcentage de hausse entre 2013 et 2021 du TRV bleu résidentiel).
Pendant cette période l’Etat est intervenu directement sur le « système de fixation des prix » : réduction du taux de la fraction électricité de l’accise (taxe) sur l’énergie (de 32,1 €/MWh avant la crise à 1 €/MWh pour les ménages et 0,5 €/MWh pour les entreprises), « bouclier tarifaire », aides directes aux consommateurs, compensations auprès des
fournisseurs, etc.

Selon la Cour des comptes (Annexe 4, page 141 de son rapport de 202415), l’ensemble des mesures relatives à l’électricité a représenté un coût pour l’Etat de plus de 44 milliards d’euros entre 2022 et 2024.
Enfin, en rachetant les titres de capital détenus par des tiers l’Etat est devenu en 2023 l’unique actionnaire d’EDF.
Cette opération de sauvetage du soldat EDF a coûté près de 10 Md€ aux finances publiques16.

Au total l’impensé nucléariste (pour ne pas dire le fiasco) a coûté près de 72 milliards d’euros à l’Etat français (44 Md€ de mesures diverses de « protection des consommateurs et des fournisseurs », 18 Md€ de déficit d’EDF c’est dire de l’Etat actionnaire unique et 10 Md€ de rachat de titres d’EDF pour éviter sa faillite). Ce n’est probablement qu’un avant-
goût de la « valse des milliards », pour financer le « nouveau nucléaire », annoncée le 21 juillet 2022 par les ministres concernés à l’occasion d’une question d’un sénateur au gouvernement17.

Le président de la République et le gouvernement se trompent d’époque, de modèle et de projet politique

Le président de la République et le gouvernement défendent un modèle qui a conduit l’Etat français, en dehors de tout débat et contrôle démocratique sérieux, à s’équiper d’armes atomiques, de sous-marins et de porte-avions à propulsion nucléaire, de réacteurs nucléaires et de tout ce qui permet le fonctionnement de ces armes de destructions massives (pourtant interdites par un traité international18) et de ces instruments de domination géopolitique.

C’est dans le cadre de ce modèle que l’Etat colonialiste français a réalisé des centaines d’essais nucléaires en Algérie puis en Polynésie, contaminant ainsi durablement les territoires concernés et les habitants.

C’est ce modèle dont le coût du volet militaire, pour les finances publiques, est estimé par ICAN France à 6,35 milliards d’euros en 2024 et à près de 7 milliards d’euros en 2025, pour la « modernisation et le renouvellement des systèmes d’armes nucléaires »19. C’est aussi dans le cadre de ce modèle que l’Etat français minimise systématiquement la prise
en charge des préjudices causés aux populations concernées par ses essais nucléaires.
Ce modèle repose sur un « opérateur public » EDF, détenu à 100 % par l’Etat français, qui détient la totalité des centrales nucléaires et les grands barrages hydroélectriques. C’est aussi un « système public » qui contrôle les prix de l’électricité par le mécanisme du tarif réglementé de vente de l’électricité. Or ces prix sont très loin de permettre de
recouvrir les coûts de production du nucléaire. D’une part ceux-ci sont mal pris en compte par les méthodes de calcul de coût. D’autre part ils sont en partie pris en charge par les impôts actuels ou par l’augmentation de la dette publique (impôts futurs) au lieu d’être imputés aux consommateurs. Une autre partie, inconnue à ce jour, sera forcément
imputée aux générations à venir, aux victimes de catastrophes nucléaires toujours possibles et aux victimes des rejets chroniques et accidentels de radioactivité dans l’environnement (notamment les travailleurs du nucléaire et plus particulièrement les salariés des entreprises sous-traitantes).

Enfin, ce modèle est fondé sur la fuite en avant décidée au plus haut niveau de l’Etat (construction de nouveaux réacteurs nucléaires hors de prix) sans que soient terminés les débats publics obligatoires les concernant et alors que les discussions parlementaires sur la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) ne sont toujours pas engagées.
Ce modèle a rendu les consommateurs d’électricité dépendants d’un mode de production dangereux et coûteux, a enfermé de nombreux territoires français dans la dépendance à l’industrie nucléaire, a maintenu un système néo- colonial pour l’approvisionnement en uranium de cette industrie. Ce modèle nous prive de notre souveraineté citoyenne, les choix techniques et énergétiques étant très majoritairement imposés par une technocratie d’Etat.

Il est temps de rompre radicalement avec ce modèle anti-démocratique, dangereux, coûteux et dépassé
Les discussions relatives aux taxes sur l’électricité et à la réforme du système de fixation des prix ne peuvent être que des discussions entre apprentis sorciers si elles négligent les raisons qui ont conduit au fiasco budgétaire actuel.
En France, depuis plus de 50 ans, les décisions sur le prix de l’électricité et la dette publique (nos impôts d’aujourd’hui et de demain) sont au service de l’industrie nucléaire civile et militaire. L’arme atomique en est le produit de base et l’argument ultime de politiciens en mal de puissance.

Ni le « coût de production », impossible à déterminer dans un système électrique basé sur l’énergie nucléaire (on ne sait ni où ni quand commencent et finissent ses productions et ses destructions), ni le prix de l’électricité ne devraient dépendre du « feu nucléaire » aux mains de potentiels criminels de guerre.

Toute réforme du mode de fixation des prix en France et du marché européen de l’électricité, dont il dépend en partie, ne peut être acceptable que si elle vise la décroissance radioactive, c’est-à-dire l’arrêt de la production d’électricité nucléaire et d’armes atomiques.

Avec les projets du gouvernement actuel nous n’en prenons pas le chemin. Les « revenus du nucléaire historique », que le gouvernement prévoit de « partager avec les consommateurs », sont en réalité des dettes publiques et des détriments qui seront transmis à de nombreuses générations si nous n’y mettons pas un coup d’arrêt.

1  https://reporterre.net/Budget-2025-le-grand-flou-sur-le-cout-du-nucleaire
2 En réalité, 58 réacteurs nucléaires à eau pressurisée, sous licence Westinghouse ou de conception dérivée de celle-ci pour les derniers, ont été construits et raccordés au réseau entre 1977 et 1999. La construction du premier réacteur de la série (Fessenheim) avait débuté en 1971, un peu avant le lancement officiel du « plan Messmer ». Un réacteur à « neutrons rapides », conçu par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), a aussi été construit à partir de 1977 par un consortium européen (la société NERSA dans laquelle EDF était partie prenante). En 1997 Il a était définitivement arrêté après une dizaine d’années de fonctionnement émaillées de nombreux incidents.
3 Il est passé de 23,9% en 1973 à 13,5% en 2021. Lire à ce sujet mon article de blog de décembre 2022 sur Mediapart :
https://blogs.mediapart.fr/francois-vallet/blog/081222/points-de-vue-independance-energetique-et-politique-electronucleaire-de-la-france
4 En 2023, solaire et éolien ont assuré 27 % de la production électrique de l’UE27 (15% en France) et l’ensemble des énergies renouvelables, hydraulique et biomasse comprises, 44 % du total de l’UE27 (29 % en France).
5 Discours prononcé par Emmanuel Macron à l’occasion de sa visite de l’entreprise Framatome, filiale d’EDF, désignée pour construire les cuves des réacteurs du futur porte-avions à propulsion nucléaire français :
https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/12/08/deplacement-du-president-emmanuel-macron-sur-le-site-industriel-de-framatome
6 Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, sur la politique de l’énergie, à Belfort le 10 février 2022 :
https://www.vie-publique.fr/discours/283773-emmanuel-macron-10022022-politique-de-lenergie
7 La suspension par Orano, de la production d’uranium au Niger à partir du 31 octobre 2024, en est une illustration supplémentaire :
https://www.mediapart.fr/journal/fil-dactualites/231024/uranium-la-filiale-d-orano-au-niger-va-suspendre-sa-production-le-31-octobre
8 Samedi 23 juillet 2022, sur les 56 réacteurs nucléaires en service en France, 30 étaient à l’arrêt et 5 à puissance réduite. La puissance disponible, de ceux encore en état de marche, était alors de 25 762 MW. Près de 60% de la puissance électro-nucléaire
installée (61 370 MW) étaient indisponibles pour cause de fissures sur des tuyauteries, de température d’eau de refroidissement trop élevée, de maintenance retardée pour cause de Covid et plus longue que prévue, « d’optimisation du combustible », etc.
Toute la semaine du 18 au 24 juillet 2022 la France était en déficit de production par rapport à la consommation. Des importations conséquentes étaient (entre 1 523 MW au minimum et 11 434 MW au maximum) étaient alors nécessaires pour assurer l’équilibre
du réseau. On assistait alors à des records de prix sur le marché spot français (l’électricité produite et consommée le jour J, payable au comptant à J+1) : 820 €/MWh au plus haut le 20 juillet à 9h et 225 €/MWh au plus bas le 24 juillet à 8h. Soit entre 5 et 20 fois le tarif d’accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh) fixé par les pouvoirs publics pour les ventes d’EDF aux autres fournisseurs d’électricité opérant sur la marché français.
Pendant plusieurs semaines de cette période caniculaire la puissance maximale importée dépassa largement celle exportée.
9 L’ANALYSE DES COUTS DU SYSTEME DE PRODUCTION ELECTRIQUE EN FRANCE – Document de la Cour des Comptes S2021-2052, délibéré le 15 septembre 2021 : https://www.ccomptes.fr/fr/documents/58078
10 Voir à ce propos le tableau 3 en page 9 du document « Les coûts du nucléaire » préparé par Bernard Laponche en 2015, tableau issu d’un rapport de 2012 de la Cour des Comptes sur les coûts de la filière électronucléaire
https://gazettenucleaire.org/2015/278BLBresilCoutfinal.pdf
https://www.ccomptes.fr/fr/publications/les-couts-de-la-filiere-electro-nucleaire
11 Citation du rapport : « Sur la base des paramètres utilisés, le photovoltaïque et l’éolien terrestre sont potentiellement plus compétitifs que les centrales à gaz à cycle combiné (CCGT) ou le parc nucléaire, quelle que soit la durée de fonctionnement considérée, mais leur facteur de charge est de fait limité et, sans adjonction de stockage, ils ne produisent pas nécessairement lors des périodes les plus tendues en terme d’équilibre offre-demande ».
12 Arenh : accès régulé à l’électricité nucléaire historique. Ce tarif a été créé par l’Etat français, officiellement pour permettre à tous les fournisseurs d’électricité concurrents d’EDF d’avoir accès à la « rente » du nucléaire historique financé par tous les contribuables et consommateurs français. En réalité c’est une manière de tromper les citoyens-consommateurs-contribuables sur la réalité des coûts du nucléaire. Ainsi, sur les 50 valeurs de coût (5 pour chaque année entre 2011 et 2020) indiquées dans le graphique N°3 page 25 du rapport de la Cour des Comptes de 2021, 38 sont au-dessus du tarif Arenh.
13 https://www.francetvinfo.fr/economie/energie/edf-a-enregistre-une-perte-historique-en-2022-malgre-un-boom-des-clients_5664110.html
14 https://www.cre.fr/fileadmin/Documents/Rapports_et_etudes/import/Rapport_marche_de_detail_novembre_2023.pdf
15 Les mesures exceptionnelles de lutte contre la hausse des prix de l’énergie – Rapport public thématique – Mars 2024 :
https://www.ccomptes.fr/fr/publications/les-mesures-exceptionnelles-de-lutte-contre-la-hausse-des-prix-de-lenergie
16 Elle s’ajoute à la recapitalisation d’EDF en 2017, à hauteur de 3 milliards d’euros pour l’Etat, suivie d’une autre en 2022 à hauteur de 2,1 milliards.
17 https://www.senat.fr/questions/base/2022/qSEQ22070030G.html
18 Le TIAN, traité international d’interdiction des armes nucléaires, malheureusement ignoré par les dirigeants des pays détenteurs de ces armes de destructions massives.
19 https://reporterre.net/La-France-consacre-de-plus-en-plus-d-argent-a-ses-armes-nucleaires