Jean Hamon dit Kergrist : Epilogue

le clown atomique

Chers amis bonjour.
En cette belle fête de Pâques où les fourmis roucoulent, je vous donne quelques nouvelles :
J’ai vendu ma gentilhommière de Glomel qui, au fil du temps et de mes créations foutraques, était devenue une caverne d’Ali Baba.
Grignoté de partout par un crabe très malin –même si, pour le calmer, je lui accorde encore quotidiennement sa petite ration de miel ou de confitures- je me traîne, depuis peu, en chaise roulante et morphine, au Cèdre, Ephad diocésain de St Brieuc, qui, en pénurie de vieux curés, accepte désormais des civils, des femmes, des mécréants et des parpaillots – devinez à quel catégorie j’émarge ?- Les vieux curés  (environ la moitié des pensionnaires de l’Ephad) n’ont jamais trop été dans la performance ou la compétition. Ça repose.

 Un personnel dévoué est aux petits soins pour nous. Ce n’est d’ailleurs qu’un retour aux sources  : 2,3 années de grand séminaire à la fin des années 50 (ce qui me fait connaître beaucoup de monde ici)  et ensuite 10 ans chez les dominicains au couvent de la Tourette, construit près de Lyon par Le Corbusier- Je les remercie tous de ce compagnonnage. J’en suis sorti avant mes voeux, agnostique, mais tolérant. J’aurai pu être êvèque
Je peux enfin faire lève rames en savourant l’inversion des valeurs prônées par le sermon sur la montagne (les Béatitudes) dont l’église semble avoir égaré le texte. François est sur la piste.

 Gorgé de morphine, à en faire pâlir Verlaine ou Raimbaud, j’en suis à mon dernier ricochet avant de faire plouf, ce qui est aussi une image très poétique, et ai demandé à bénéficier de la loi Leonetti (2016) sur la fin de vie, ce que chacun d’entre vous peut faire aussi, l’Ankou frappant aussi bien à la porte des jeunes que des vieux. Au passage : essayez de choisir une “personne de confiance” à l’extérieur de la famille, ce qui, sur la toute fin, au moment de décider une augmentation de la dose pour calmer la douleur, épargnera à vos proches lar responsabilité d’une décision difficile (cf affaire Lambert).

 “Je vais aux fleurs la paix dans l’âme” et, avant d’exploser, telle une étoile ( que ne suis pas) en quelque galaxie –je ne sais trop laquelle… il y en a des milliards, mais aucune ne s’éteint progressivement, elles éclatent dans une débauche de lumière-, je tiens à vous remercier pour cette rencontre, ancienne ou récente, éphémère ou profonde, tendre ou orageuse, avec vous.  “Rien ne se perd, tout se transforme” (Lavoisier)

 J’ai pris mes dispositions : Hermès, le messager du Dieu Internet, vous apprendra bientôt mon envol, à la page d’accueil de mon site (allez voir de temps en temps, l’adresse est plus bas) ou sur le journal. La petite cérémonie de départ aura lieu à la salle des fêtes de Kergrist-Moëlou, ma commune natale, avec mise en terre au cimetière de Saint Lubin. Excusez-moi de ne pouvoir encore vous donner le jour et l’heure précises. Rengainez vos peurs et vos pleurs, cet envol se voudra joyeux.

 En ouvrier consciencieux (?), j’espère auparavant terminer deux bouquins dont je ne verrai pas la publication :
”Guide secret des Monts d’Arrée”, dont la sortie aux éditions Ouest-France est prévue pour le printemps 2020.
”Tango avec l’Ankou”, une chronique posthume, plutôt gaie, qui ne sera publiée qu’après ma mort aux éditions Montagnes Noires (éditeur des Bagnards, mon best seller).

 …Au total une trentaine de bouquins dont il ne restera rien. Pourquoi s’en faire ? La vie sans moi continuera… un certain temps seulement, car se profile à l’horizon, pour dans une quinzaine d’années prédisent certains scientifiques, ce collapsus, qui fait écrire à Yves Paccalet, adjoint du commandant Cousteau, “L’Humanité disparaîtra, bon débarras”. Pardonnes-moi, chers petits enfants d’être si cynique en vous laissant un monde aussi pourri.

 “Vanité des vanités, tout est vanités…” (livre de la Sagesse)

 NB
-1-Je n’ai pas bien vérifié mes listes d’adresses, à part celle de Yann Fanch Kemener, que j’ai supprimée, croyant qu’il était mort. Veuillez m’excuser des quelques doublons.
-2-Ne me téléphonez pas : la morphine n’a pas amélioré mon audition. Je ne me vois pas non plus répondre à plus de 800 mails.
À raison de 2 par jour (ma capacité actuelle, car mes yeux s’embrouillent et je m’endors sur le clavier)  j’y serais encore dans un an, sans pouvoir donner priorité à mes proches.
-3-Vous pouvez faire suivre ce courriel à qui vous voudrez.

 Jean Kergrist
http://www.jeankergrist.com/

Pétition de solidarité avec Jean Kergrist

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2 réflexions au sujet de « Jean Hamon dit Kergrist : Epilogue »

  1. Jean,
    voilà deux mois, jour pour jour, au salon Dérivages à Planguenoual, tu m’avais calmement dit que tu ne verrais pas le printemps. C’était ainsi, tu en avais pris ton parti : il fallait partir. La grande marée de ta longue existence t’avait glissé le crabe qui grignotait chaque jour sa part de vie. Face à ce drame personnel devant lequel le commun des mortels se serait depuis longtemps effondré, tu avais choisi d’en rire. Après tout, puisque tu avais pris le temps de rire de tout et surtout des dérisoires simagrées des politiques et des administrations, pourquoi ne pas en faire de même de ta mort ? Et tu nous a toutes et tous engagés à faire de tes funérailles un de ces moments joyeux comme tu savais si bien les mettre en scène. Mais Jean, nous ne serons jamais à ta hauteur ! Comment remplacer un bateleur comme toi ? Ministre de l’Environnement bien avant Nicola Hulot, Super-préfet de Bretagne, de France et de Navarre, Grand Administrateur du combat contre les algues vertes, et jadis même Ministre atomique, pour tous ces rôles, le costume est trop grand pour chacun d’entre nous !

    A moins qu’il ne se trouve un de ses dignes serviteurs de la République-au-profit-de-quelques-uns, à venir pleurer celui qui les a tant brocardés. Il devrait sans mal à lui tout seul, faire le spectacle, tant tu les as tous inspirés dans leurs propos, leurs mimiques, leur gestuel. Ce serait le dernier pied de nez rouge que tu pourrais leur faire. Et pour nous, après ce dernier éclat de rire, l’immense reconnaissance pour tout ce que tu nous a apporté. Car tu n’étais pas clown pour seulement donner de la bonne humeur au public. L’art du comique que tu maniais si bien, était d’abord pour toi un moyen de dénoncer les injustices, les passe-droits, et la main-mise des dirigeants de l’agro-alimentaire sur la vie économique et politique de la Bretagne. Tous tes spectacles étaient autant de leçons politiques. Et quand tu en avais fini, tu te lançais dans l’histoire, et en particulier celle des bagnards, chez toi à Glomel, condamnés à creuser le canal de Nantes à Brest.

    Jean, je m’arrête là, non pas que la liste de tes faits d’arme soit close, mais j’ai peur que les larmes finissent par tout emporter, comme le jusant qui renvoie tout au large. Si loin que tu sois, que tu n’aies pas à rougir de nous qui t’avons promis de faire de tes funérailles un moment joyeux. Le chagrin et la peine, ce sera pour plus tard, quand nous serons seuls face à nos souvenirs.

    Yves-Marie Le Lay

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