Nourrir ou mourir

Aujourd’hui des travailleurs de l’agro-alimentaire demandent des comptes à leur employeur Triskalia devant les Tribunaux de la République à Saint-Brieuc. Gravement intoxiqués dans le cadre de leur profession par des pesticides, ils sont le symbole de la dérive de tout un système alimentaire dans lequel l’obligation du profit l’emporte sur la nécessité de nourrir les hommes.
Nous qui combattons les marées vertes et la dégradation de la qualité de l’eau en Bretagne, comment ne pas nous reconnaître dans leur combat pour la reconnaissance de leur préjudices sanitaires graves, leur indemnisation et la sanction des responsables ? C’est le même système agroalimentaire hors sols qui intoxique les ateliers de production de nourriture animale comme les plages. C’est lui qui contamine l’eau, l’air, le sol, la mer. C’est lui qui enferme hommes et femmes dans une dépendance totale à des circuits financiers. C’est lui qui fait souffrir hommes et bêtes, et ne tuent pas que les secondes. Quand ils ne meurent pas à petit feu de leur métier, ils se donnent la mort. L’agriculture intensive connaît un des plus grands taux de suicide.
Et les autorités locales, régionales, nationales ont une responsabilité grave dans cet état de fait. Elles l’ont autorisé et même encouragé, soutenu, hier comme aujourd’hui. C’est aussi pour cela qu’elles ont été condamnées hier devant les Tribunaux à notre demande, et demain encore par nous et bientôt par la Cour Européenne de Justice. On ne peut accepter de nourrir les hommes au prix de la maladie, de la souffrance ou de la mort sacrificielles de quelques uns d’entre eux. L’agriculture doit nourrir les hommes et jamais en faire mourir quelques uns d’entre eux. Ces mêmes autorités seraient bien inspirées de revenir aux idéaux des fondateurs de l’Europe, la paix et l’indépendance alimentaire, l’une et l’autre, indissolublement liées. En finir avec la guerre, ce n’est pas sournoisement la rétablir entre les hommes sous prétexte de les nourrir.
C’est ce grand débat citoyen auquel nous invitons toutes et tous le 15 septembre à Hillion à La Grandville à l’occasion de la journée du patrimoine naturel.
André Ollivro, président de Sauvegarde du Penthièvre
Yves-Marie Le Lay, président de Sauvegarde du Trégor

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2 réflexions au sujet de « Nourrir ou mourir »

  1. Bonjour,
    j’ai lu la revue de presse et votre titre nourrir ou mourir m’a interloqué.Je ne sais pas s’il ne faudrait pas écrire:nourrir et mourir et faire mourir.

    On ne peut accepter de nourrir les hommes au prix de la maladie, de la souffrance ou de la mort sacrificielles de quelques uns d’entre eux. L’agriculture doit nourrir les hommes et jamais en faire mourir quelques uns d’entre eux.
    Ces deux phrases me font tiquer,surtout qu’elles se suivent(seulement les agriculteurs?). Halte au politiquement correct!!!
    Soyons précis!
    Les agriculteurs ne sont pas seuls en cause!!
    De plus ,ils devraient savoir ce qu’ils font .Ils sont,parait-il, formés? Beaucoup refusent d’ailleurs de consommer leur production dite conventionnelle!!!!
    Les riverains ,les consommateurs,les riverains-consommateurs (n’oublions pas les populations d’amérique du sud évincées de leurs terres pour produire du soja pour les animaux bretons et soumises à une très forte charge de pesticides)paient également un très lourd tribut : cancers; parkinson; alzheimer; malformations; handicaps cardiaques ,respiratoires…..
    Ils sont victimes souvent impuissantes de pratiques intensives.
    C’est plus facile de rounduper que de sarcler.
    C’est préconisé par les comptables si!si!et sans doute par la banque prêteuse qui attend des résultats.
    A quoi rime de rounduper avant le départ de la végétation comme je l’ai vu en avril-mai?
    Je vais être clair.Je ne jette pas la pierre aux agriculteurs.Je viens de ce milieu.
    Ils sont avant tout victimes d’un système impitoyable,mêlant incompétence, cynisme, désinformation et démission des politiques (au nom de l’emploi (lequel?) la croissance).
    Gaspillages, Pollutions, Souffrance, morts, déséquilibres des comptes sociaux (pour le moment) voilà les externalisations de ce type d’activité.
    Mais de grâce n’oublions pas les victimes collatérales et ne reprenons pas le discours du syndicat agri dominant “nous devons nourrir le monde,la France”.
    Ils y arriveront à force de travailler à grands renforts de “cides” divers et variés.(réduction de l’espérance de vie,de la vie tout court….)
    Tout ceci signe l’échec du modèle agricole dominant.
    Si nous voulons survivre nous devons changer de paradigme.
    Peut-être suffirait-il de cesser de subventionner les transports et les énergies fossiles.
    Mangeons local! et Bio!
    Voilà mon billet d’humeur qui n’est pas,bien entendu dirigé contre vous.
    Merci quand même pour tout ce travail que vous faites.
    Continuez!
    Bernard Jézéquel
    Trézilidé

  2. A toutes et tous, lectrices et lecteurs de notre communiqué,
    d’abord merci de réagir, quelque soit la tonalité de la réaction. Notre souci a bien été précisèment de ne pas faire du politiquement correct. Voilà pourquoi, cette opposition entre ceux à qui la sociète confie la charge de la nourriture de tous, et le fait que pour assumer cette tâche, ils en sont conduits, involontairement ou sciemment pour certains, à prendre tous les moyens pour parvenir à ce but au point de faire mourir des femmes et des hommes, y compris une partie d’eux-mêmes. Quelles sont ces personnes à qui est confiée la tâche de nourrir les hommes ? Ce ne sont pas les seuls agriculteurs, mais l’ensemble de la filière alimentaire, en amont avec toute la mécanique et la chimie produites, et en aval les circuits de distribution. C’est le cas emblématique des employés de Triskalia intoxiqués en fabriquant de la nourriture animale. Hors de cette filiaire alimentaire, ce sont de plus en plus de victimes de pesticides à proximité des exploitations, et des victimes de l’hydrogène sulfuré des marées vertes dont Thierry Morfoisse.
    Au delà de la question éthique que pose cette question, pouvons-nous accepter que notre société sacrifie quelques-uns pour le bénéfice supposé de tous ? Plus grave, le sacrifice peut-être aussi aléatoire, et toucher chacun d’entre nous. Combien de victimes de cancers avec en arrière fond une origine alimentaire ? Or, toutes ces questions sont évacuées de notre reflexion collective, et en particulier ne sont jamais opposées à l’agrobusiness qui prétend nourrir le monde, mais qui surtout sert des intérêts financiers. Plus que jamais, la défense sans concession du patrimoine naturel, nous parait comme le moyen le plus sûr de préserver la santé de chacun d’ente nous. Respecter le cycle de l’azote et ne plus faire souffrir les animaux dans les élevages hors-sols ne sont-ils pas aussi les meilleurs moyens de nourrir les hommes et préserver leur santé ?
    Voilà pour les précisions. Pour l’instant, en attendant d’autres s’il le faut.
    En toute amitié.
    Yves Marie

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