Ecologie, climat : l’effondrement n’est pas inéluctable

Certes, un effondrement est possible; mais, non, il n’est pas certain. Ses zélateurs peuvent le qualifier d’imminent, affirmer qu’il surviendra dans quelques décennies, sans toujours préciser ce dont il s’agit. En vérité, il n’y a sans doute pas un mais des effondrements partiels dont l’accumulation finirait par rendre impossible une vie humaine décente.

Or rien n’est inéluctable. Les exemples sont nombreux où des humains, conscients de situations dramatiques, agissent pour rétablir la situation et limiter les conséquences prévisibles de leurs erreurs. Le Japon de l’ère Tokugawa, au XVIIesiècle, a échappé à la déforestation de l’archipel grâce à une politique volontariste. La croissance du trou de la couche d’ozone, principal problème environnemental planétaire il y a une trentaine d’années, a été stoppée; si nous restons vigilants, ce problème devrait être résolu vers 2060. Le Rhin, gigantesque égout à ciel ouvert il y a trente ans, est aujourd’hui dépollué de la source à l’embouchure.

Dans ces deux derniers cas, la «trilogie de la gouvernance» a fait merveille. Se sont associés des militants d’ONG –lanceurs d’alerte, témoins de la pertinence des actions entreprises–, des responsables d’Etat et d’agences internationales, qui ont orienté durablement des politiques publiques, et enfin des industriels, qui ont mis leurs capacités de financement et d’innovation au service de l’intérêt général.

Deux perspectives radicalement différentes s’offrent

Nous sommes aujourd’hui confrontés au plus grand problème environnemental de l’histoire humaine: le dérèglement climatique, qui aggrave la destruction en cours des écosystèmes naturels. Face à ce défi, deux perspectives radicalement différentes s’offrent.

La première pousse à l’extrême la stratégie de communication catastrophiste, pensant que c’est le meilleur moyen de faire évoluer mentalités et comportements. Or les recherches en sciences sociales révèlent que si ce type de communication augmente la prise de conscience, elle diminue, en général, l’engagement comportemental. Le climatologue Michael Mann écrit:«Si le changement climatique est un canular (comme l’a affirmé le président Trump) ou s’il échappe à notre contrôle (comme le dit McPherson[qui prédit la possible extinction de l’humanité vers 2030]), il n’y a évidemment aucune raison de réduire les émissions de carbone. (…) Il est encore temps d’éviter les pires résultats, si nous agissons vigoureusement, non à partir de la peur, mais de la confiance que l’avenir est largement entre nos mains»(«Doomsday scenarios are as harmful as climate change denial», Michael Mann, Susan Hassol et Tom Toles,Washington Post,12juillet2017).

La seconde perspective invite chacun de nous à agir à sa place, depuis le plus humble citoyen jusqu’aux plus hauts décideurs politiques, financiers et industriels. Elle nous invite à une double lucidité autant sur les risques écologiques majeurs qui nous menacent si nous n’agissons pas maintenant, que sur la force de résilience de l’humain et de l’ensemble du vivant.

Nous avons besoin d’une orientation déterminée et vigoureuse

Au niveau des décideurs, il est grand temps de tout mettre en œuvre pour financer la transition écologique. L’argent ne manque pas et différentes solutions techniques ont été proposées. Nous avons surtout besoin d’une orientation déterminée et vigoureuse des instruments et des normes économiques et financiers mobilisant les entreprises vers une économie bas carbone, et accompagnant une transition sociale qui sera difficile. La réduction de la place des énergies fossiles dans notre économie est contraire à certains intérêts. Les pouvoirs publics doivent agir avec réalisme et fermeté.

Au niveau des citoyens, faisons connaître les multiples expériences de terrain qui confirment les résultats de nombreuses recherches en psychologie, en particulier les travaux du psychologue américain Tim Kasser: les personnes qui épousent une conception relationnelle de l’existence sont nettement plus heureuses que celles qui s’enferment dans une vision matérialiste et individualiste du monde.

Loin de tout romantisme mièvre, c’est l’expérience concrète de l’amour de la vie, la tendresse partagée entre nous et avec notre environnement –bien plus que la panique face à la fin du monde– qui invitent à agir. Seule la soif d’un monde plus humain peut nous donner l’énergie collective nécessaire à l’invention d’une sobriété heureuse et nous sortir de notre fascination morbide pour l’accumulation de nos déchets. Cet amour peut et doit être exigeant. Le temps presse.

Geneviève Ancel,cofondatrice des Dialogues en humanité;Isabelle Delannoy,dirigeante fondatrice de DO Green – Economie symbiotique;Gaël Giraud,professeur à l’Ecole nationale des ponts et chaussées;Alain Grandjean,président de la Fondation Nicolas Hulot;Jean Jouzel,directeur de recherche émérite au CEA et membre de l’Académie des sciences;Jacques Lecomte,président d’honneur de l’Association française de psychologie positive

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8 réflexions au sujet de « Ecologie, climat : l’effondrement n’est pas inéluctable »

  1. bonjour,
    très brièvement!
    ce texte est un argumentaire “classique” qui ne tient pas compte du tout, de l’ESSENTIEL, qui est majoritairement responsable du désastre?
    des individus isolés, atomisés d’un collectif gazeux aliéné?
    et donc la fausse et mièvre rengaine du colibri aux ailes cramées, totalement éculée, “changeons nos comportements individuels” et bla-bla-bla! -nécessaires pour une flopée de raisons, certes, mais pas prenant le mal à la racine- et collaborons avec les gentils industriels qui nous crachent leurs fumures pollués, normal, la loi du profit et de l’exploitation forcenée des êtres humains, de la nature dans son entièreté (“nous ne défendons pas la nature, nous SOMMES la nature” disent très justement les ZADISTES à l’unisson des peuples premiers)- et ses sympathiques institutions et gouvernements qui leur lèchent les bottes jusqu’à l’os, tous pouvant devenir conscients…
    mais ils en sont conscients m’sieurs dames, pour les moins débiles en tout cas, la plupart, conscients du risque majeur de multi-effondrements; en ce moment ils se construisent des bunkers en Nouvelle-Zélande ou dans le Nord de l’Europe pour se sauver eux et leurs héritiers dynastiques.
    quelle foutaise de semer de telles âneries bourrées d’illusions mortifères dans ce texte fade et pseudo consensuel!
    adoncques, c’est kiki, le koupable, c’est koi-koi ki faut faire môôôsieure le donneur de leçon, demandez-vous benoîtement?

    le plus difficile, mais la seule solution la rêve haut (solution?), comment etc?. vaste question qui est évoquée dans des millions de pages et pas encore cernée mais pas le choix et pour commencer TOUT faire sans concessions (cela n’implique pas de ne pas se battre et gagner sur certaines “auto-réformes contraintes” de leur système, plus on arrache de victoires, même partielles, mieux c’est!) et…

    le “minimum syndical”, tout faire PARTOUT, en petit, en grand, en peu en vaste, dézinguer et mettre à bas le système KKpitaliste, lui-seul, au fond, responsable du désastre déjà existant et des “apocalypses” plus que prévisibles à court terme et nous voir plusieurs coups plus loin sans se rassurer avec des billevesées et dès maintenant se préparer, pas du catastrophisme qui “ferait peur à Billancourt” comme on disait autrefois, mais s’armer idéologiquement et matériellement pour ce panoptique annoncé!
    fraternellement, un z’umain-nature-culture, pastèque!; vert dehors! rouge dedans! noirs pépins, alias patrick gibon!

    • Salut Patrick,
      Entièrement d’accord avec ta critique d’un texte plutôt “rose bonbon sucé 3 fois” ….
      Que dire de Greta Thunberg : son autisme asperger lui permet de dire : “aujourd’hui, le noir, c’est le blabla et le blanc c’est l’action” (je raccourcis..).
      Je ne vois pas d’autre posture plus juste et ancrée dans le principe de réalité ET que nous devons impérieusement adopter !

    • Je ne suis pas à l’ aise avec le ton ( trop) nerveux , à mon goût , de ce premier commentaire , qui a un peu les mêmes défauts que bien des interventions publiques de Mélenchon par ex. : l’ analyse énoncée est juste , mais le ton agressif et péremptoire a un effet répulsif sur des personnes ( trop) ” sensibles ” aux bonnes manières . Comme ce Patrick , et comme sûrement bien d’ autres , je pense que nous n’ avons plus le temps de nous satisfaire d’ une stratégie des petits pas , des bons gestes individuels , et même des millions de gouttes d’ eau du colibri : c’ est toujours des gouttes d’ eau , pas un tsunami !

      Ce texte collectif est sympa , consensuel et tout et tout … mais l’ heure n’ est plus à ces bons sentiments partagés : ” Nous allons avoir besoin de courage , pas d’ espoir ” . Ce que j’ écris là , c’ est le titre des 3 pages de conclusion d’ un petit livre vert d’ à peine 100 pages ( 10 € ) qui développe tranquillement , avec une grande pertinence , une réponse négative à la question : ” Une transition douce est-elle objectivement possible ? ” . C’est le moment ou jamais de nous armer intellectuellement , mais surtout moralement , de ce type de livre de combat , en phase avec la grave question existentielle qui nous étreint tous /toutes et qui sous-tend nos engagements , si divers soient-ils . J’ en donne la référence précise : ” Ne plus se mentir . Petit exercice de lucidité par temps d’ effondrement écologique ” , de Jean-Marc Gancille ,
      édition Rue de l’ échiquier .

  2. Commençons par le commencement : l’effondrement actuel est catastrophique car il touche, non pas un peuple, mais l’humanité et toute la planète et car il concerne plein de domaines (cf le premier livre de Pablo Servigne), le réchauffement climatique étant l’un d’entre eux, pas forcément le pire. Posons nous plutôt la question : qu’est ce qui, en l’homme, le pousse à avoir de telles orientations suicidaires malgré les religions et humanismes divers, et ceci depuis la nuit des temps, pour en arriver là aujourd’hui? Comment envisageons nous notre rapport à la peur, à l’enfant, à la violence, à la “s(S)écurité”, à la mort, …? En répondant à ces questions peut-être pourrons nous entrevoir des pistes d’avenir. L’effondrement actuel n’est que la suite logique de dynamiques qui nous concernent tous. L’accumulation capitaliste et son cortège d’injustices n’est qu’une conséquence parmi bien d’autres de ces dynamiques. Id. du réchauffement climatique, des logiques sécuritaires, nationalistes, …
    Osons nous poser les vraies questions auxquelles notre temps nous presse plus que jamais, plutôt que de les fuir dans le déni. Apprenons à lire les signes des temps qui nous appellent à changer en profondeur en commençant par soi.

  3. Hélas! pendant que nous nous occuperons de développement personnel , le train de l’ histoire humaine continuera à foncer sur sa trajectoire thermo-industrielle … dont on commence à bien deviner le terme . Le changement d’ aiguillage , ce doit être maintenant , pas aux calendes grecques du “changement de soi ” … dont parlait déjà Socrate !
    Considérer l’ accumulation capitaliste comme ” une conséquence parmi bien d’ autres ” ( de je ne sais quelle obscure “orientation suicidaire ” !) , et non comme
    la cause systémique principale du productivisme qui écrabouille notre monde et
    en particulier bousille la biosphère , c’est , à mon avis , ” regarder ailleurs ” … alors que “la maison brûle ” !
    On a fait un grand pas de compréhension en parlant d’ “anthropocène” , il est grand temps de faire le pas suivant en précisant : ” capitalocène ” !
    Une société n’ est pas une juxtaposition de consciences individuelles , elle est un système interactif entre être et faire . Il y a urgence à retirer le manche des mains
    des vampires ( les multinationales , véritables “maîtres du monde ” ) , non ?

  4. Bien sûr, il y a urgence à retirer le manche des mains des vampires. La question connexe est “qui va le faire?” et la suivante “quelles structures mettre en place demain pour ne pas reproduire les errements humains qui ont conduit à la situation présente?”. On ne peut rechercher une solution valable à un problème dans le périmètre conceptuel où il s’est posé (il faut “sortir de la boîte”), il paraît que c’est Einstein qui l’a dit, sous une autre forme. Du coup, comme les humains de demain sont ceux d’aujourd’hui et ceux qui sont formés par les mêmes, comment “sortir de la boîte” et trouver une solution /radicale/ sans considérer qu’il faut effectivement agir au niveau individuel EN MÊME TEMPS qu’au niveau structurel collectif? Je milite depuis plusieurs années dans mon syndicat pour essayer de pousser cette question comme sujet primordial de réflexion et je vois bien la peine qu’on peut avoir à le faire avancer… Le plus satisfaisant est de voir que dans les contacts individuels, il est possible d’aller plus vite. Cela s’appelle chez certains la méthode “des petits pas” ou “du colibri” mais apparemment, c’est la seule que j’ai trouvée qui marche.

  5. Je ne partage pas le constat que c’ est ” dans les contacts individuels qu’il est possible d’ aller plus vite ” . On peut passer sa vie à discuter , si on aime ça , et ne rien faire avancer . Il me semble que c’ est en participant à des actions collectives qu’ on a des chances de changer les choses ET … soi-même . Concrètement , je parie que celles et ceux qui , ces jours-ci , font peuple à Hendaye ( contre G7 ) en reviendront plus changé/es que s’ ils / elles étaient resté.e.s dans l’ entre-soi habituel ” à la maison ” . Et ils auront contribué , ne serait-ce qu’un peu , à changer le monde …

    C’ est marrant : cette dialectique entre action individuelle ( type colibri , petits pas …) et collective est , en ce moment même , objet de débat et de commentaires opposés sur un autre support ( Mediapart ) autour d’ un texte au titre provocateur ” Nous ne renoncerons à rien ! ” , issu d’ un collectif d’ écololos parisiens qui critique à mort la stratégie du colibri et l’ esprit de décroissance . On est bien sur une question cruciale .

  6. Ne pas confondre “effondrement” = rapide, et “déclin” progressif, étalé dans le temps, par “craquements” successifs (ou “mini-effondrements”).
    Pour la “biodiversité”, faut-il parler d’effondrement ou de déclin ? En tout cas c’est en cours . Comme le réchauffement -irréversible- qui s’accélère : 46°C en France , une première, et plus de photosynthèse à cette T° ; fonte importante du Groenland…
    Une phrase a été sortie du livre de Jean-Pierre DUPUY :” Nous ne croyons pas ce que nous savons”. On peut aussi inverser la phrase :” Nous ne savons pas ce que nous croyons.” …et nous arrivons à notre imaginaire , individuel et collectif…
    A l’époque de DESCARTES :” … se rendre comme maîtres et possesseurs de la nature”, le capitalisme commençait à peine à se développer.
    Les premières sociétés qui sont devenues “multinationales” datent de 1847 : general electric et Siemens , puis Standard Oil (S.O.=ESSO…), Bayer , Nestlé , …
    Michelin , Ford 1903. Et pourquoi leur nombre -et celui de leurs filiales- a explosé”
    pendant les regrettées “30 glorieuses” ? Nous sommes clients des multinationales.
    Comment lutter contre les GAFA (que je boycotte…) ? La “foule” en redemande.
    Comment peut-elle se libérer de cette emprise?
    Remettre en cause le “développement” (TRUMAN 1949) , même durable ; la “science” économique élaborée sur un paradigme mécanique, alors que les lois de base de l’activité économique moderne relève de la thermodynamique ( dégradation , dispersion de l’énergie et de la matière). Il s’agit des bases de la société industrielle moderne. Le texte ci-dessus ne les remet pas en cause.
    Les conditions pour éviter un “effondrement” de la “civilisation” sont loin d’être garanties. Quand ? Un effondrement qui peut être proche c’est celui du “château de cartes financier.” .
    Ne pas oublier que les émissions de GES ont diminué de plusieurs % , c’est en 2009 , année de la récession mondiale. Vive l’effondrement ! ???
    Roger LUCE

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