Manipulation de l’opinion face au fiasco de la politique énergétique,

Annie et Pierre Péguin, mai 2023

Le lobby du nucléaire a su gagner la bataille de l’opinion en prétendant que la production nucléaire d’électricité est « dé-carbonée », ce qui est vrai si on ne considère que le fonctionnement du réacteur, mais qui est faux en réalité si on prend en compte tout le cycle de l’uranium, de la mine à sa gestion en déchets pour des millénaires, ainsi que celui des réacteurs, de leur construction à leur démantèlement.
La manipulation de l’opinion par la diffusion permanente de mensonges et contre-vérités permet de justifier la relance du nucléaire (1), elle permet aussi de cacher l’echec de la politique de l’énergie dite « du tout nucléaire ».
Mais la politique énergétique de l’Allemagne est tellement opposée à celle de la France qu’il faut absolument la discréditer aux yeux de l’opinion ; il s’agit aussi de prétendre assurer l’indépendance énergétique du pays, bien mal en point en fait.


Politique énergétique de l’Allemagne, quelles en sont les graves erreurs d’après nos « responsables » :
– Elle s’est rendue dépendante de la Russie pour la livraison de gaz.
– Elle a fait de gros efforts pour développer la production d’électricité renouvelable considérée comme non fiable.
– Et surtout elle a arrété la production d’électricité nucléaire ce qui l’obligerait à consommer plus de charbon.


Voilà l’idéologie officielle, tellement bien reprise par les médias et les commentateurs, que de bonne foi des interlocuteurs nous renvoient.
Quant aux maladies et dégâts transmiscibles de l’ADN liées aux contaminations radioactives, et aux risques de catastrophe ou de terrorisme atomique il n’en est jamais question, pas plus que des déchets radioactifs pour lesquels aucune solution fiable n’existe.


Mais qu’en est-il vraiment des conséquences en Allemagne de l’arrêt du nucléaire ? Quelque chiffres :
– le nucléaire produisait 30 % de l’électricité du pays il y a 20 ans, c’est maintenant terminé.
– Mais dans le même temps la production à base de charbon n’a pas augmenté, au contraire elle a chuté de 65 à 33 % !
– le gaz naturel plafonne à 14 %,
– Quant aux renouvelables ils sont passés de 4 % à plus de 50 % avec l’ambition d’atteindre les 80 % en 2030.


Ainsi l’Allemagne a été capable d’arrêter le nucléaire et en même temps de réduire le charbon significativement, et comment ? Et bien par un rapide développement des renouvelables, ce dont la France pourrait peut-être s’inspirer !

De plus c’est l’Allemagne qui soutient le réseau électrique défaillant de notre pays.
Cela fait longtemps que les pays voisins couvrent les pointes de consommation de notre pays, les plus importantes d’Europe du fait de la promotion du tout électrique domestique et du chauffage électrique.
Plus particulièrement les échanges avec l’Allemagne sont depuis longtemps déficitaires pour la France, avant même que son parc nucléaire vieillissant soit touché par le défaut générique des corrosions sous tension des soudures des circuits de sécurité.


Et si au lieu de pourfendre nos voisins d’outre Rhin pour leur dépendance au gaz russe, on parlait de la dépendance de la France au nucléaire russe et au gaz de schiste nord-américain ?

Le constat est en effet accablant (2). Rosatom, énorme groupe russe, a la mainmise sur l’uranium naturel provenant du Kazakhstan et d’Ouzbékistan. Près de cinquante pour cent de nos besoins en sont importés chaque année.

Quant à l’uranium enrichi dont Rosatom couvre 46% de la production mondiale, en 2022 la Russie a livré un tiers de l’uranium enrichi nécessaire au fonctionnement des centrales nucléaires françaises.

Et comme la Russie possède la seule installation au monde capable de conditionner l’uranium issu du retraitement, c’est aussi à elle qu’il faut s’adresser pour cette opération.

La filière nucléaire française, loin d’être gage de souveraineté énergétique, est donc dépendante de la filière nucléaire russe, le nucléaire échapant aux sanctions…

La collaboration avec le géant russe va plus loin, tout recemment l’État a donné son feu vert à Framatome pour prendre part à la construction de deux nouveaux réacteurs par Rosatom en Hongrie (3).

Et quant aux importations de gaz des Etats Unis.
il s’agit pour l’essentiel de gaz de schiste dont la France a importé l’an passé plus de 4,5 milliards de mètres cubes de ce gaz polluant et climaticide dont l’extraction est interdite chez nous à cause de ses conséquences environnementales désastreuses (4).
Son empreinte carbone serait d’ailleurs supérieure à celle du charbon!
Le gouvernement a longtemps cherché à cacher l’origine de ces importations…

Qu’en est-il de cette fameuse indépendance énergétique ?

La notion d’indépendance énergétique est un leurre dont on berne l’opinion. En effet la France n’extrait plus d’uranium de son sol. Tout l’uranium utilisé dans les centrales du pays doit être importé. En plus l’électricité ne representant qu’un quart de l’énergie totale consommée, nous avons des quantités considérables d’hydrocarbures à importer pour le fonctionnement de notre économie. L’approvisionnement de la France dépend à plus de 60 % des combustibles fossiles, qui sont majoritairement importés depuis le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord, la Norvège.

Il ne reste pour notre indépendance énergétique que les renouvelables, incluant hydraulique, soleil, vent, biomasse, et bois de chauffage, soit de l’ordre de 12 % (5). Cela n’empèche pas d’annoncer officiellement 55 % d’indépendance, non seulement en omettant que l’uranium est importé, et par une entourloupe qui permet un magnifique tour de passe-passe (6).

Lhydrogène est-il l’avenir, ou est-ce un leurre de plus?
L’avenir est paraît-il dans l’hydrogène et les piles à combustibles. Là encore on berne l’opinion, car l’hydrogène n’est pas en soi un énergie, c’est un stockage, et pour effectuer ce stockage il faut consommer beaucoup d’énergie, bien plus que ce qu’on en récupére, pour l’électrolyse de l’eau ou pour extraire l’hydrogène d’hydrocarbures.
Il faut donc ne considerer l’hydrogène que comme un stockage en période de surproduction d’électricité, mais aussi comme un carburant en zone urbaine en particulier de transports en commun.
Ce carburant est non polluant, la pollution étant rejetée sur les sites de production d’électricité s’ils ne sont pas renouvelables.
Rappelons néanmoins que le stockage d’hydrogène est difficile et dangereux, bien plus que celui du Gaz GPL automobile.


Le système énergétique français est particulièrement fragile:
La France est devenu dépendante, pour son approvisionnement électrique, dinstallations nucléaires vieillissantes,fréquemment indisponibles, soumises aux aléas climatiques pour leur refridissement ; et d’importations d’électricité des pays voisins. La raison principale de cette dépendance aux importations a été la politique du « tout nucléaire » avec la construction massive de réacteurs dont il fallait consommer la production et pour cela imposer le chauffage électrique à partir de 1973.
Quant à la construction de nouveaux réacteurs elle se heurte à la perte de savoir faire et à l’endettement croissant d’EDF malgré les soutiens de l’État, à nos frais.

Nous assistons actuellement à la faillite de la politique de l’énergie du pays, politique développée en fait pour accompagner l’existence de l’armement nucléaire et assurer la « grandeur » de la France.Ce fiasco est lourd de conséquences économiques, sociales et écologiques.

(1) Écouter l’excellente et courte vidéo d’Aymeric Caron député de Paris :” le nucléaire à besoin de mensonges pour être accepté. ” https://fb.watch/kzAxAZTk7G/
(2) https://www.greenpeace.fr/espace-presse/investigation-le-nucleaire-francais-sous-emprise-russe/
(3) https://savoie-antinucleaire.fr/2023/04/28/hongrie-la-france-prete-a-participer-au-projet-de-centrale-nucleaire-du-russe-rosatom/
(4) https://disclose.ngo/fr/article/gaz-de-schiste-etat-francais-dissimule-des-importations-massives-depuis-les-etats-unis
(5)https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2022/01/24/l-independance-energetique-de-la-france-grace-au-nucleaire-un-tour-de-passe-passe-statistique-et-100-d-importation_6110781_4355770.html
(6) Pour trucquer les chiffres, toute la chaleur dissipée dans l’environnement par les réacteurs est comptabilisée comme une énergie nous rendant indépendant et qui en fait contribue au réchauffement!
En effet le rendement des centrales atomiques est particulèrement mauvais, de toute la chaleur émise par la fission de l’uranium, seule 30 % en est transformée en électricité.


Annexe : Comment produire toute cette électricité dont nous avons besoin? Puisqu’on nous promet un avenir tout électrique,.

On peut la produire de 2 façons,
1) Les centrales thermiques qui font bouillir de l’eau pour alimenter des alternateurs en brulant des hydrocarbures ou du charbon ou en récupérant la chaleur émise par la fission de l’uranium.
Ce qui les caractérise :
– Leur rendement est mauvais, seuls entre 30 % de la chaleur pour le nucléaire, et 40 à 60% pour les fossiles des centrales modernes, sont transformés en électricité. Le reste est rejeté dans l’environnement et contribue au dérèglement climatique.
– Celles fonctionnant aux hydrocarbures émettent beaucoup de CO2, particulièrement celles au fuel et au charbon.
– De leur coté les centrales nucléaires génèrent des déchets extrêmement radioactifs qu’il faut gérer pour des temps infinis à échelle humaine.
– Nous n’extrayons pas de notre sol ni hydrocarbures, ni uranium. Cela nous rend dépendant des pays producteurs. Leur extraction génère des dégâts écologiques importants avec de gros risques pour la santé des populations locales. De plus elles sont épuisables.
Notons qu’au niveau mondial le nucléaire est en déclin, il ne résiste pas à la concurrence des renouvelables , il n’assure plus que moins de 2 % de l’énergie totale consommée. Avec la Chine et la Russie, la France s’attarde dans cette technologie lourde du passé.


2) les énergies renouvelables :
Il s’agit de l’éolien, du solaire, du bois, du biogaz, mais aussi de l’hydraulique partiellement stockable; elles sont alimentées naturellement par l’eau, le vent, le soleil, et sont disponibles partout sans avoir à les acheter.
Leur fonctionnement ne produit ni Gaz à Effet de Serre, ni chaleur supplémentaire, ni déchets ingérables comme les déchets radioactifs,
ni démantèlement difficile comme celui de réacteurs, ni catastrophe obligeant des centaines de milliers d’habitants à fuir. Par contre il faut les gérer plus finement, car leur production est décentralisée et intermittente en ce qui concerne l’éolien et le solaire.

Les seules sources d’énergie qui contribuent désormais à notre indépendance énergétique sont les renouvelables, mais la France en continuant à s’appuyer sur le nucléaire est très en retard dans ce domaine qui pourtant s’impose pour l’avenir.

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