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Cyberaction : Arret immédiat des migrations vers Microsoft 365
Polytechnique et Ministère de l’Éducation Nationale : le Conseil National du Logiciel Libre (CNLL) exige l’arrêt immédiat des migrations vers Microsoft 365 [ 1 807 participations ]
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Cyberaction mise en ligne le 23 mars 2025
Proposée par Cyberacteurs
Elle sera envoyée à Premier Ministre | à votre député
Plus d'infos

Le Conseil National du Logiciel Libre (CNLL) exprime sa consternation et sa ferme condamnation face à deux décisions inacceptables et illégales concernant l’utilisation de solutions Microsoft dans le secteur public de l’enseignement supérieur et de la recherche :
1-
Ministère de l’Éducation Nationale : Un marché public de 152 millions d’euros, attribué sans mise en concurrence réelle, pour équiper les services centraux et les établissements d’enseignement supérieur en solutions Microsoft, incluant Office 365. Ce marché, d’une durée maximale de quatre ans, viole les principes de bonne gestion des deniers publics, de transparence et d’égalité de traitement. Il aggrave une dépendance technologique déjà excessive et dangereuse à un acteur américain, au mépris des solutions européennes et notamment open source, et au mépris des recommendations de la DINUM. [Source]
https://next.ink/175788/leducation-nationale-signe-pour-100-millions-deuros-de-solutions-et-services-microsoft/
2.
École Polytechnique : La migration déjà engagée des messageries des étudiants, des professeurs, des chercheurs et du personnel administratif – y compris dans les zones à régime restrictif (ZRR) – vers les serveurs de Microsoft 365. Cette décision, imposée par la directrice générale Laura Chaubard sans aucune concertation avec les instances représentatives, les responsables informatiques ou les personnes concernées, constitue une faute grave et une mise en danger délibérée des données sensibles de l’établissement, y compris des données relevant de la sécurité nationale. Polytechnique, établissement d’enseignement supérieur et de recherche sous tutelle du Ministère des Armées, effectue des recherches et des activités d’enseignement dans des domaines stratégiques et sensibles, incluant le militaire, les technologies duales, la cybersécurité et le quantique. [Source]
https://www.lalettre.fr/fr/action-publique/2025/03/19/polytechnique-cede-aux-sirenes-du-cloud-de-microsoft,110389616-eve
Ces décisions, prises en contradiction flagrante avec les alertes répétées du CNLL, de la communauté du logiciel libre, de parlementaires (comme en témoigne le communiqué et les QAG du député Philippe Latombe du 19 mars 2025 [source]) et d’experts en cybersécurité, révèlent une ignorance coupable des enjeux de souveraineté numérique et une violation caractérisée des obligations légales en matière de protection des données.
https://www.linkedin.com/posts/philippe-latombe-2874a9a2_alors-que-les-relations-transatlantiques-activity-7308155452071038976-y0Wd/
Le CNLL rappelle avec fermeté que
Le Foreign Intelligence Surveillance Act (FISA, section 702 amendée en avril 2024) et le CLOUD Act américains autorisent un accès extraterritorial et systématique aux données stockées et traitées par des entreprises américaines, y compris les données localisées en Europe et y compris via des logiciels installés “on premise”. Il ne s’agit pas d’un risque théorique, mais d’une réalité juridique aux conséquences potentiellement désastreuses.
Le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD, Règlement (UE) 2016/679, notamment les articles 44 et suivants)
impose des obligations strictes et impératives en matière de protection des données personnelles et de leur transfert hors de l’Union Européenne. De plus, les données traitées dans le domaine de l’éducation (santé, handicap, origine, opinions, etc.) sont des données sensibles au sens de l’article 9 du RGPD, comme l’a rappelé le comité d’éthique pour les données d’éducation dans son rapport de 2020. L’utilisation de solutions Microsoft 365 est rigoureusement incompatible avec ces obligations. Elle expose de facto les données personnelles à un risque d’accès non autorisé par des autorités étrangères, en violation directe du RGPD, et expose les contrevenants à des sanctions lourdes.
La Directive (UE) 2016/943
sur la protection des secrets d’affaires impose des obligations strictes en matière de protection des informations confidentielles et du savoir-faire des établissements d’enseignement supérieur et de recherche, ainsi que de leurs partenaires industriels. Le recours à des solutions Microsoft 365, expose ces informations (résultats de recherche, contrats, données stratégiques, etc.) à un risque avéré d’accès illicite, en violation directe de cette directive.
L’arrêt “Schrems II” de la CJUE a invalidé le “Privacy Shield” et
a confirmé l’impossibilité de transférer légalement des données vers les États-Unis sur la base de simples clauses contractuelles types.
La DINUM elle-même a interdit en 2021 le déploiement d’Office 365 dans les administrations. L’École Polytechnique et le Ministère de l’Éducation Nationale agissent donc en contradiction directe avec les directives gouvernementales.
La loi ESR de 2013 (article L123-4-1 du Code de l’éducation)
et la loi pour une République numérique de 2016 (article 16)
imposent l’usage prioritaire des logiciels libres dans l’enseignement supérieur et la recherche.
L’article L. 811-3 du code de la sécurité intérieure (France) définit les intérêts fondamentaux de la nation, incluant la protection des “intérêts économiques, industriels et scientifiques majeurs” et la “prévention de toute ingérence étrangère”. Dans le cas de Polytechnique, qui mène des recherches dans des domaines sensibles (défense, sécurité, technologies duales, etc.), le recours à des technologies soumises au FISA et au CLOUD Act constitue une violation directe de cet article, exposant l’établissement à des sanctions pénales (Art. 410-1 et 411-6 du code pénal français).
Le CNLL dénonce
Un passage en force inacceptable : Ces décisions sont imposées sans aucune concertation, sans transparence et au mépris des alertes et des recommandations des experts.
Une mise en danger délibérée : Les risques juridiques, techniques (espionnage industriel, cyberattaques) et stratégiques (perte de souveraineté) sont sciemment ignorés.
Une violation flagrante du droit : Ces décisions contreviennent au droit européen (RGPD, directive secret des affaires), au droit national (code de la sécurité intérieure pour les données sensibles, priorité au logiciel libre dans l'ESR, loi SREN2...) et aux directives gouvernementales (DINUM...).
Un précédent dangereux : Alors que l’ENS avait rétropédalé suite à une mobilisation massive des personnels et étudiants contre une initiative similaire en 2021, cette décision de Polytechnique constitue un signal désastreux pour la souveraineté numérique française et européenne.
Un gaspillage de l’argent public au profit d’une multinationale américaine, et au détriment de l’écosystème numérique français et européen.
Le CNLL exige
1.
L’arrêt immédiat de la migration à Polytechnique et l’annulation du marché public du Ministère de l’Éducation Nationale.
2. La mise en place d’une
enquête administrative indépendante pour déterminer les responsabilités dans ces décisions et évaluer précisément les risques encourus.
3.
L’ouverture d’une concertation réelle et transparente avec l’ensemble des acteurs concernés (étudiants, chercheurs, personnels, élus, entreprises du numérique, experts en cybersécurité) pour définir une stratégie numérique respectueuse du droit, de la souveraineté et des intérêts de l’enseignement supérieur et de la recherche.
4.
La priorité absolue aux solutions open source et européennes, conformément aux recommandations de la DINUM, aux lois ESR et République numérique, et aux exigences de sécurité et de souveraineté.
Le CNLL appelle l’ensemble de la communauté du logiciel libre, les acteurs et usagers de l’enseignement supérieur et de la recherche, les parlementaires et les citoyens à se mobiliser pour faire respecter le droit, protéger nos données et défendre notre souveraineté numérique.
À propos du CNLL
Le CNLL, Union des Entreprises du Logiciel Libre et du Numérique Ouvert, est l’instance représentative de la filière du logiciel libre en France. Issu du groupement de 12 clusters régionaux, il représente plus de 300 entreprises “pure players” (spécialisées ou avec une activité significative dans le logiciel libre et l’open source): éditeurs, intégrateurs, sociétés de conseil, etc. Il assure la promotion de l´écosystème professionnel du logiciel libre, de son offre de logiciels et de services, de ses atouts spécifiques, et de ses besoins, notamment en termes d’emploi et de formation. Il permet à la communauté des acteurs de la filière d’échanger et de travailler ensemble au développement du marché, dans le respect de valeurs communes.
Plus d’info :
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Contact presse :
contact@cnll.fr.
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Avec les éléments suivants :
- Sujet : Arrêt de la migration vers microsoft
- Message : Madame, Monsieur,
En soutien au CNLL je tiens à exprimer ma consternation et ma ferme condamnation face à deux décisions inacceptables et illégales concernant l’utilisation de solutions Microsoft dans le secteur public de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Je demande L’arrêt immédiat de la migration afin de respecter le droit, protéger nos données et défendre notre souveraineté numérique.
Croyez en ma vigilance sur vos décisions.
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Si l’essentiel du tournant historique est confirmé, le « libre par défaut » est ramené, dans la proposition de CADA (Cloud and AI Development Act), à une obligation d’« encourager » assortie de dérogations larges ; et « public money, public code » devient une obligation conditionnelle subordonnée à une décision discrétionnaire de l’administration. Le combat se déplace désormais vers le trilogue.
Paris, le 4 juin 2026 - Pour diffusion immédiate
Le Conseil national du logiciel libre (CNLL) prend acte de l'adoption, le 3 juin 2026, par la Commission européenne, de la Communication sur la souveraineté technologique européenne, accompagnée d'une stratégie open source de l'Union(COM(2026) 503 final). Dans son communiqué publié à la suite de la circulation du projet, fin mai, le CNLL avait salué un tournant historique : l'élévation du logiciel libre au rang d'instrument de politique industrielle européenne. Cet essentiel est confirmé. Mais le CNLL doit regretter publiquement que, entre la version qui a circulé fin mai et la version adoptée le 3 juin, deux principes fondamentaux que la filière européenne porte depuis plus de dix ans aient été significativement affaiblis :
le « libre par défaut » dans la commande publique ;
l'obligation « public money, public code ».
Si ces deux principes restent nommés dans le texte, leur force normative est en revanche considérablement atténuée par la rédaction adoptée.
Deux reculs significatifs introduits avant l'adoption
1. Le principe « libre par défaut » : un titre d'article fort, un corps d'article faible
Le texte adopté du CADA introduit, au Chapitre V, un article 41 dont le titre annonce un principe ambitieux — « Promoting open source solutions and open source first » — mais dont la rédaction du corps de l'article est considérablement plus faible:
*« The Union and Member States shall take the necessary measures to encourage Union entities and public sector bodies to use and facilitate the reuse of open standards and components released under an open source licence when building their cloud and AI ecosystem or stack, taking into account functionalities, including security, total cost, and other relevant, duly justified objective criteria. »* (Proposal for a Regulation — Cloud and AI Development Act, COM(2026) 502 final, article 41)
Cinq éléments de cette rédaction appellent une lecture critique :
Le verbe est « encourager », non « exiger ». L'obligation pesant sur l'Union et les États membres consiste à « prendre des mesures pour encourager » — c'est-à-dire la formulation de soft law la plus classique. C'est, mot pour mot, le verbe employé depuis 2016 par l'article 16 de la loi pour une République numérique française : « encourager l'utilisation des logiciels libres et des formats ouverts ».
Le champ d'application est restreint au « cloud and AI ecosystem or stack ». L'« encouragement » ne s'applique pas à l'ensemble des logiciels acquis ou utilisés par les administrations européennes, mais seulement aux composants du cloud et de l'IA.
Les dérogations sont très larges. Le texte permet de déroger à l'« encouragement » sur la base des « fonctionnalités, y compris la sécurité, le coût total, et tout autre critère objectif dûment justifié ». Cette dernière clause, ouverte, autorise une autorité acheteuse à justifier a posteriori la quasi-totalité de ses décisions.
L'exigence d'évaluation documentée et auditable, demandée par les éditeurs européens dans leur lettre ouverte de juillet 2025, ne figure pas dans l'article 41.
L'effet d'annonce est manifeste. L'expression « open source first » figure dans le titre de l'article. Elle ne figure pas dans son corps.
Le complément en section 4.3 de la Communication d'accompagnement confirme la nature soft du dispositif : la portée opérationnelle est transférée à des « lignes directrices et bonnes pratiques » que la Commission développera pour aider les administrations publiques à rédiger leurs appels d'offres (Communication, section 4.3, p. 24).
2. « Public money, public code » : une obligation conditionnelle et discrétionnaire
Le projet circulé fin mai présentait le principe « public money, public code » comme une obligation imposée aux administrations publiques de rendre disponibles à la réutilisation les logiciels qu'elles achètent ou développent. Le texte adopté du CADA — article 42 — formule l'obligation de manière strictement conditionnelle :
« When making software to which they hold intellectual property rights available for reuse under an open source licence, a Union entity or public sector body shall do so using a catalogue or repository that is connected to, and made accessible through, the EU OSS Catalogue referred to in Article 43. » (CADA, article 42)
L'obligation introduite par l'article 42 porte sur le mécanisme de mise à disposition — le passage par un catalogue connecté à l'EU OSS Catalogue —, non sur la décision de publier sous licence libre. Trois conséquences en découlent :
l'article 42 lui-même n'impose à aucune entité de rendre disponible sous licence libre un logiciel financé par de l'argent public ; il définit seulement la modalité de catalogage quand une telle décision est prise, le cas échéant en vertu d'autres instruments européens préexistants (Interoperable Europe Act, doctrines internes, etc.) ;
le périmètre se limite aux logiciels dont l'entité concernée détient elle-même les droits de propriété intellectuelle. Les logiciels développés sur fonds publics par des prestataires qui conservent les droits — cas fréquent dans la commande publique européenne — restent hors du champ de l'obligation ;
l'article 42 opérationnalise ainsi le principe « public money, public code » dans sa dimension d'accessibilité et de découvrabilité des logiciels déjà publiés sous licence libre, mais non dans sa dimension structurante d'obligation de publication que la filière européenne du libre défend depuis dix ans.
Le complément en section 4.3 de la Communication d'accompagnement le confirme : « The Commission, guided by the 'public money, public code' principle […], will prioritise openness, […] while not excluding the use of other solutions where security, confidentiality or legal constraints require it, following a pragmatic risk-based approach. » (Communication, section 4.3, p. 25). Cette formulation n'engage que la Commission elle-même à titre d'orientation interne, et reproduit les mêmes clauses d'exception que l'article 41.
3. Articles 43 et 44 : codification d'un existant et chantier des OSPO
Pour être complet, le Chapitre V « Open source » du CADA comporte deux articles supplémentaires, dont la lecture est plus nuancée que les deux précédents — ni reculs majeurs, ni acquis structurants.
L'article 43 — « EU Open Source Solutions Catalogue » — codifie une pratique déjà existante. La Commission opère d'ores et déjà un EU Open Source Solutions Catalogue hébergé sur le portail Interoperable Europe, accessible librement. Inscrire cet outil dans la loi européenne ne coûte rien à la Commission — l'instrument existe — mais ne fait pas avancer la cause d'un iota. Aucune obligation nouvelle ne s'attache au catalogue : il reste un outil de référence, pas un levier de transformation de la commande publique.
L'article 44 — « Network of Open Source Programme Offices » — est, lui, un acquis institutionnel important, sur lequel le CNLL et ses partenaires européens portent un plaidoyer depuis au moins 2021. L'institutionnalisation d'un réseau européen d'OSPO publics, coordonné par la Commission, chargé d'échanger les bonnes pratiques sur les questions de licence, de sécurité, de maintenance et de commande publique de logiciels libres, constitue une reconnaissance institutionnelle bienvenue. Le CNLL salue cet acquis.
Cet acquis appelle néanmoins une observation préoccupante au plan national. Au moment précis où la Commission institutionnalise au niveau européen un réseau d'OSPO publics, la France a vu, début 2024, le démantellement effectif de sa propre *Mission Logiciel Libre* — l'OSPO du gouvernement français hébergé par la DINUM, qui structurait depuis 2021 la politique du libre dans l'administration. Le CNLL appelle à la réinstauration sans délai d'une Mission Logiciel Libre renforcée, avec des moyens appropriés, comme prérequis pour que la France soit partie prenante du réseau européen prévu par le CADA — et, plus généralement, comme outil de pilotage interministériel du « libre par défaut » que les seuls cadres juridiques nationaux n'ont, depuis 2016, pas su faire vivre.
Synthèse du Chapitre V « Open source » du CADA
Pris ensemble, les quatre articles du Chapitre V constituent un dispositif de soft law assorti d'instruments de mise en réseau: un principe d'« encouragement » sans contrainte (article 41), une obligation de catalogage conditionnelle à une décision discrétionnaire (article 42), la codification d'un catalogue préexistant (article 43), et un réseau d'OSPO bienvenu mais à articuler avec les politiques nationales (article 44). Aucun des quatre articles, dans leur rédaction actuelle, ne crée une obligation opposable d'achat de logiciels libres ni de publication sous licence libre des logiciels développés sur fonds publics. Le CADA n'étant qu'une proposition de règlement, c'est dans le trilogue à venir que la portée normative effective du « libre par défaut » et du « public money, public code » sera décidée — par voie d'amendement parlementaire et de négociation avec le Conseil — avant que les actes d'exécution et les lignes directrices ne viennent en préciser, ultérieurement, les modalités de mise en œuvre.
Deux lissages lexicaux dans la Communication d'accompagnement
La Communication qui accompagne la proposition de CADA comporte également deux modifications lexicales notables entre le projet circulé fin mai et le texte adopté le 3 juin. Prises ensemble, elles ramènent le statut politique du logiciel libre à un registre moins ambitieux.
Premier lissage : « key lever » ? « crucially contributes ». La qualification de l'open source comme « levier-clé » (« key lever ») dans le projet circulé fin mai a été remplacée, dans le texte du 3 juin, par une formulation plus tiède : « contribue de façon cruciale » (« crucially contributes », Communication, section 4). Le glissement n'est pas anodin : il rétrograde le logiciel libre d'instrument structurant de la stratégie au rang de facteur d'appoint important. C'est, dans le registre politique de la Communication, l'écho exact du déplacement opéré dans le registre juridique du CADA, où le « libre par défaut » est ramené à un « encouragement » sans contrainte.
Deuxième lissage : disparition du terme « sovereignty washing ». La formule, qui figurait expressément dans le projet circulé fin mai comme l'objectif déclaré des évaluations de risque de souveraineté du CADA, a été retirée du texte adopté. Le mécanisme correspondant — les évaluations de risque obligatoires sur quatre niveaux de souveraineté du cloud et de l'IA — est intégralement maintenu (section 3.1). Le label politique a été lissé ; la mécanique opérationnelle est préservée.
Le CNLL ne peut que regretter ces deux lissages, dans la mesure où le langage politique d'une Communication a une fonction propre : faire reconnaître au plus haut niveau européen, en termes explicites et opposables, la nature et la portée des phénomènes décrits. « Key lever » engageait ; « crucially contributes » commente. « Sovereignty washing » qualifiait une pratique ; sa disparition la rend plus difficile à nommer publiquement, alors même que sa mécanique sous-jacente — l'évaluation de risque de souveraineté — est conservée.
Une rédaction qui réplique textuellement le cadre français de 2016 — et son échec opérationnel
Le parallèle avec l'article 16 de la loi pour une République numérique du 7 octobre 2016 (« loi Lemaire ») est flagrant : le verbe employé par l'article 41 du CADA pour qualifier l'obligation pesant sur les États membres — « encourage » — est mot pour mot celui que la loi Lemaire emploie depuis 2016 : « encourager l'utilisation des logiciels libres et des standards ouverts ». Ce cadre est en vigueur en France depuis près de dix ans. Il n'a pas produit, sur cette période, les résultats escomptés en matière de substitution aux solutions et services propriétaires extra-européens. Le cas du Health Data Hub — données de santé des Français hébergées sur Microsoft Azure —, la tentative (heureusement avortée) de migration de l'École polytechnique vers Microsoft 365, ou les grands marchés numériques signés ces dernières années par l'Éducation nationale avec des éditeurs propriétaires extra-européens illustrent la limite structurelle d'une rédaction qui « encourage » sans contrainte opposable ni évaluation documentée.
Le projet du 28 mai promettait de dépasser la limite que la France connaît depuis 2016 ; le texte du 3 juin la reproduit à l'échelle européenne. La direction est juste ; le mécanisme d'opposabilité manque.
L'essentiel du tournant historique est confirmé
Au-delà de ces reculs, l'architecture politique du texte demeure celle que le CNLL avait saluée. La stratégie open source de l'Union est confirmée comme l'une des quatre initiatives du Paquet souveraineté technologique. Les 264 milliards d'euros de dépense annuelle européenne en informatique propriétaire (Astérès / Cigref, avril 2025) sont retenus comme chiffre de référence ; l'APELL est nommément citée comme représentant les associations nationales du libre dans huit États membres (note 69) ; l'Open Source Maintenance Instrument avec capacité de fork est confirmé, de même que le programme de miroirs pour le code source critique (section 4.2) ; le Cadre de souveraineté cloud et IA à quatre niveaux est introduit par le CADA ; la définition juridique du logiciel libre est désormais explicitement ancrée sur celle de l'Open Source Initiative, avec une liste de licences incluant GPL, Apache-2.0, MIT, MPL-2.0, EPL-2.0 et l'EUPL (note 61) ; l'enveloppe budgétaire passe d'un à deux milliards d'euros sur sept ans (public et privé, section 2.1).
Aller de l'avant : la bataille se déplace vers la phase législative et d'application
Un point essentiel doit être rappelé : le CADA est, à ce jour, une proposition de règlement, et non un texte législatif définitif. Son examen par le Parlement européen et le Conseil — le trilogue — s'ouvre maintenant. C'est dans cette phase, ainsi que dans la rédaction des actes d'exécution et des lignes directrices de la Commission, que la portée réelle du « libre par défaut » et du « public money, public code » sera décidée. Le CNLL appelle l'ensemble des acteurs de la filière française et européenne du libre à se mobiliser, dans les douze prochains mois, autour de quatre priorités opérationnelles.
Premièrement, transformer l'article 41 du CADA en obligation opposable, dans le trilogue. Le combat pour faire passer la rédaction de l'article 41 d'une obligation d'« encourager » à une obligation d'achat de logiciels libres dans la commande publique, assortie d'une évaluation documentée et auditable des dérogations, est désormais la bataille législative de référence. Le CNLL portera cette ligne, en convergence avec les sociétés européennes signatrices de la lettre ouverte initiée par SUSE, en coordination avec l'APELL et sa déclaration d'indépendance numérique, et EuroStack, auprès des co-rapporteurs et rapporteurs fictifs du Parlement européen et des attachés du Conseil.
Deuxièmement, mobiliser l'acquis juridique national. La faiblesse du « libre par défaut » dans le texte européen rend l'acquis national proportionnellement plus important : article 16 de la loi pour une République numérique, article L. 123-4-1 du code de l'éducation, article 68 du Codice dell'Amministrazione Digitale italien, décision de l'IT-Planungsrat allemand, cadres néerlandais. Ces textes existent (en France) depuis 2013 et 2016 ; ils n'ont jamais été pleinement appliqués. Le CNLL portera publiquement la demande de leur application stricte dans la commande publique française, et leur consolidation à l'échelle de l'Union européenne.
Troisièmement, défendre la définition juridique du logiciel libre fondée sur la licence. L'ancrage explicite, dans le texte adopté, sur la définition de l'Open Source Initiative est un acquis à préserver dans le trilogue et dans les actes d'exécution. Toute condition supplémentaire de « gouvernance ouverte » ajoutée aux critères d'achat public exclurait de fait la majorité des éditeurs européens du libre, au bénéfice de fondations majoritairement dominées par les financements des big tech américaines et chinoises, ce que la Commission reconnaît elle-même (section 4.2, p. 21). Pour les systèmes d'intelligence artificielle, le CNLL portera l'adoption explicite de l'Open Source AI Definition publiée par l'OSI en octobre 2024 (OSAID).
Quatrièmement, neutraliser la pratique du « sovereignty washing », sans le mot. La formule de « partenaires internationaux de confiance » qui structure toute la Communication adoptée constitue, en l'absence de test opposable de qualification, la porte d'entrée structurelle des arrangements industriels de façade — pratique que le projet désignait expressément sous le terme de sovereignty washing, et que le texte adopté a retiré de son vocabulaire mais nullement de la réalité. Le CNLL portera, dans les actes d'exécution du CADA, l'introduction de critères d'immunité juridictionnelle opposables(absence d'exposition au CLOUD Act, au FISA Section 702 et aux régimes équivalents) au niveau le plus élevé du Cadre de souveraineté cloud et IA, vérifiés par une instance européenne indépendante.
La phase qui s'ouvre maintenant — trilogue sur le CADA, rédaction des actes d'exécution et des lignes directrices de la Commission, négociation du Cadre financier pluriannuel 2028-2034, revue à mi-parcours de la Décennie numérique — est le moment où la portée réelle des engagements pris se jouera. La direction est juste ; le mécanisme d'opposabilité reste à construire. Le travail collectif mené depuis dix ans par la filière européenne du libre n'est pas achevé : il entre, à compter du 3 juin, dans sa phase la plus exigeante.
Le texte adopté le 3 juin confirme l'élévation du logiciel libre au rang d'instrument de politique industrielle européenne — l'essentiel du tournant que nous saluions fin mai. Mais nous devons regretter que, entre le projet circulé fin mai et la version adoptée, deux principes fondamentaux aient été affaiblis : le « libre par défaut » dans la commande publique et l'obligation « public money, public code ». Le CADA n'est cependant qu'une proposition de règlement. Le combat se déplace désormais vers le trilogue, où le Parlement européen et le Conseil disposent encore d'un pouvoir d'amendement déterminant. C'est là que se jouera, dans les douze prochains mois, la portée réelle des engagements pris.
— Stéfane Fermigier, co-président du CNLL
À propos du CNLL (https://cnll.fr/)
Le CNLL, Union des Entreprises du Logiciel Libre et du Numérique Ouvert, est l’instance représentative de la filière du logiciel libre en France. Issu du groupement de 12 clusters régionaux en 2010, il représente plus de 200 entreprises “pure players” (spécialisées ou avec une activité significative dans le logiciel libre et l’open source): éditeurs, intégrateurs, sociétés de conseil, etc. Il assure la promotion de l´écosystème professionnel du logiciel libre, de son offre de logiciels et de services, de ses atouts spécifiques, et de ses besoins, notamment en termes d’emploi et de formation. Il permet à la communauté des acteurs de la filière d’échanger et de travailler ensemble au développement du marché, dans le respect de valeurs communes.
Alain UGUEN
05/06/2026 - 09:28:47