C’est l’année du nucléaire,

L’année en cours est propice à remettre le nucléaire au devant de l’actualité. Outre le fiasco des « fleurons » de l’industrie de l’atome, Areva et EDF que l’État doit recapitaliser pour les sauver, nous célebrons les anniversaires des catastrophes toujours en cours de Tchernobyl (30 ans) et de Fukushima (5 ans). Dans ces deux cas la France a une responsabilité et nous avons à rendre hommage aux populations subissant de terribles soufrances. En effet, dans les jours qui ont suivi les explosions des réacteurs, les responables francais de la sécurité nucléaire ont fait pression sur les gouvernements russes et japonais pour minorer la gravité des évènements et retarder l’évacuation des populations contaminées en péril. De plus le réacteur N°3 de Fukushima venait d’être chargé avec du combustible au plutonium (MOX) élaboré à Marcoule.

Dans ce qui suit on trouvera un texte de reflexion de 2 pages, sur la situation actuelle, et la présentation de livres qui viennent justes d’être édités sur cette actualité

Pierre

Une reflexion sur la situation que nous vivons.

Annie et Pierre Péguin, du Collectif Halte Aux Nucleaires Gard (CHANG) et de la Coordination antinucléaire sud-est.

30 ans après Tchernobyl, 5 ans après Fukushima, on nous prépare….à la catastrophe !

Autrefois le nucléaire était sûr, depuis peu, et petit à petit on laisse entendre que la catastrophe est possible. Les installations et les réacteurs vieillissent, l’argent manque, la sous-traitance est trop présente. De plus le terrorisme nous expose au risque d’attentat sur un site nucléaire, ou sur un transport de combustibles radioactifs. L’Autorité de Sureté Nucléaire (ASN) elle même, inféodée au lobby, prend ses distances et lance des alarmes. La situation est peut-être plus grave qu’on ne le croit dans un pays vérouillé par le tout nucléaire électrique et la bombe atomique (mais aussi par le chômage, l’état d’urgence sécuritaire et le libéralisme triomphant). En Belgique également l’inquiétude gagne: deux anciens réacteurs fissurés menacent. Quant aux installations militaires protégées par le secret, on peut s’en inquieter tout autant. Pays guerrier, nous risquons de payer cher le fer et le sang que nous portons en Afrique et au Moyen-Orient.

Le danger atomique maintenant avéré, on ne nie pas que nous pourrions avoir à subir les effets d’une catastrophe, et d’ailleurs on nous y prépare. De plus tout est fait pour qu’on ignore les horreurs vécues par les inombrables victimes du complexe militaro-industriel atomique mondial: secret militaire, subordination des médias, trucage des infos, le nucléaire est propre, circulez il n’y a rien à voir…

Les structures internationales chargées de la sécurité nucléaire (la France y est très présente), à la solde des lobbies, veillent à nier que le nucléaire soit mortifère (4.000 victimes de Tchernobyl pour elles, un million pour l’université de medecine de New York par exemple).

Mais l’actualité permet de bousculer l’omerta de l’information des grands médias: catastrophes toujours en cours en Europe de l’est et au Japon où des millions de personnes condamnées à vivre en zones contaminées en sont victimes, ; fiasco des « fleurons » de l’industrie de l’atome (chantiers des réacteurs EPR de Flamanville et de Finlande aux couts faramineux, faillite d’Areva, surendettement d’EDF); concurrence des énergies moins chères en particulier les renouvelables; necessité pour l’État de dégager discrètement les milliards (nos impots) necessaires pour renflouer cette industrie.

On pourrait croire que le nucléaire est condamné, pas sûr du fait de: L’obstination des nucléocrates élevés dans la religion de ses bienfaits et la confiance de nos politiques avides de croissance; la necessité d’alimenter l’armement atomique gage de la grandeur de la France (nucléaires civil et militaire étant étroitement liés).

Aussi, pour faire accepter par la population ce risque terrible, la stratégie du lobby reste triple : – Nous convaincre qu’avec 3/4 d’électricité nucléaire, on ne peut pas s’en passer, surtout en en developpant l’utilisation massive d’électricité (par le chauffage électrique, la climatisation, et maintenant de la voiture électrique).

– Oeuvrer à ce qu’il n’y ait pas d’alternatives crédibles, on ferme des centrales thermiques, on est à la traîne du développement des énergies renouvelables, de la sobriété et de l’efficacité énergétique.

– Prétendre qu’on peut vivre en zone contaminée, c’est ce que le lobby impose en Biélorussie et au Japon, au mépris de ce que subissent les habitants, et ce pour des générations. Il s’appuie pour cela sur des études menées en biélorussie financées par l’Europe et la France (Ethos, Core, etc).

Les citoyens manifestent, et les gouvernements voisins réagissent : la Suisse s’inquiète des dangers que fait courir la centrale de Bugey (une plainte est en cours), l’Allemagne demande l’arrêt de Fessenheim, et le Luxembourg propose même l’aumone de financer l’arrêt de Cottenom…. La France de plus en plus isolée dans son choix de la plus mauvaise solution pour faire bouillir l’eau necessaire à la production d’électricité.

L’Europe pourrait être confrontée au risque nucléaire le plus grave depuis Tchernobyl, et Euratom (qui a pour objectif de promouvoir à tous prix le nucléaire à l’échelle européenne) a fixé des limites particulièrement laxistes sur les aliments commercialisés en cas d’accident nucléaire. Un règlement scandaleux sera imposé à tous, concu pour minorer le coût pour les Etats, au détriment de la protection des populations. La Criirad a lancé une campagne de mobilisation contre ces normes ; pour Roland Desbordes une hécatombe se prépare. “Alors que personne n’était prêt en 1986, aujourd’hui on sait, et c’est alors beaucoup plus grave” .

Dans le même temps il est prèvu de limiter l’évacuation des zones touchées à 5 kms autour de l’accident, tout simplement parcequ’on n’aurait pas les moyens de prendre en charge les centaines de milliers d’habitants concernés. L’armée sera chargée de gérer les flux de populations cherchant à fuir, seule solution de survie. De même on ne distribue les pastilles d’iode* que dans un rayon de 10kms autour des centrales, alors que les pathologies de la thyroïde dues à Tchernobyl se sont développées à des milliers de kms.

Dès maintenant des études indépendantes montrent que l’ADN de tout le vivant est touché et annoncent un nombre effayant de victimes**. Les dégâts de l’atome nous permettent d’en parler comme d’un crime contre l’humanité qui devrait être jugé comme tel.

Ce choix mortifère menace la population très dense de l’Europe occidentale, il faut arrêter la production nucléaire d’électricité*** et renoncer à l’armement atomique.

*Rappelons que les pastilles d’iode n’ont pour but que de saturer la thyroide avant la contamination par de l’iode radioactif. Cela ne protège en rien l’organisme contre la multitude de radioélèments subis en cas de catastrophe. De plus il faut que cet iode soit absorbé avant d’être touchés par la radioactivité. Autant dire que faute de temps c’est quasi-impossible dans le rayon de 10 kms. …. D’un accident au coeur de la France, peu de gens échapperont à la contamination et à ses dégats.

**Recommandtions 2003 du Comité Européen sur le Risue de l’Irradiation (CERI)

*** Outre un programme exigeant de réduction de la consommation d’électricité, il faudra brûler des hydrocarbures dans les centrales thermiques en attendant que les renouvelables prennent le relais. La part du nucléaire dans la consommation totale finale d’énergie en France étant inférieure à 15 % (dans le monde 2 %), l’augmentation d’effet de serre due à l’arrêt serait modeste -compensable d’ailleurs par des mesures de sobriété.

Et de la lecture :

Nucléaire: la vérité officielle est trompeuse : La Comédie atomique. L’histoire occultée des dangers des radiations, par Yves Lenoir, La Découverte, 320 p., 22 euros

dont voici un commentaire interressant :

8 mai 2016 | Par Jade Lindgaard

Les instances internationales de radioprotection, chargées de protéger les populations des dangers de la radioactivité, minimisent les risques et les dégâts des activités nucléaires : c’est ce qu’affirme Yves Lenoir dans un livre, en cette année de double anniversaire de catastrophe atomique.

Quel est le bilan humain exact des accidents de Tchernobyl et de Fukushima ? À cette question, il n’a jamais été possible de répondre.

Parce qu’il est difficile d’isoler les causes de décès et de maladies des personnes. Mais aussi parce que les instances internationales de radioprotection, chargées de protéger les populations des dangers de la radioactivité, n’ont pas mis en place les outils de recherche nécessaires. Plus grave, elles ont fixé des seuils d’exposition « tolérable » aux rayons ionisants supérieurs aux valeurs préconisées par une partie des médecins. Ces valeurs de référence ont été utilisées par les gouvernements lors des catastrophes de Tchernobyl, en 1986, mais aussi de Fukushima en 2011.

C’est ce qu’explique Yves Lenoir dans son livre /La Comédie atomique, l’histoire occultée des radiations/ (La Découverte). L’auteur n’est ni épidémiologiste, ni médecin. C’est un ingénieur, expert en déchets radioactifs depuis le lancement du programme électronucléaire français dans les années 1970.

Yves Lenoir ne cache pas son opposition à l’usage de l’énergie nucléaire pour ses applications militaires et civiles. Mais en quarante ans de recherches sur les effets des radiations, il a accumulé une quantité impressionnante d’archives, de témoignages et de documents sur les pathologies et les souffrances endurées par les liquidateurs de Tchernobyl, les habitants de sa région, et en particulier les enfants – il préside l’association Enfants de Tchernobyl Belarus. C’est le point de départ de son ouvrage, qui tente de remonter le fil de l’occultation de cette tragédie, jusqu’aux plus hautes instances d’une bureaucratie internationale inconnue du grand public.

Son livre est une enquête historique détaillée sur la création, puis le fonctionnement en toute opacité, dans une culture persistante de l’entre soi, des instances internationales de radioprotection, placées sous l’égide de l’ONU. Il fait aussi l’hypothèse d’un imaginaire de la radiation, commun aux concepteurs de l’armement nucléaire (depuis le Manhattan Project dans les années 1940) et aux promoteurs de son utilisation en médecine et en production d’électricité. Il s’en explique dans cet entretien vidéo réalisé à Mediapart le 4 mai 2016. .

Et dans le Nouvel Obs, cette chronique d’Anne Crignon

Nucléaire : déni et mensonges d’Etats

Le nucléaire est un danger pour l’humanité. Trois livres bien informés bousculent le mythe de l’atome sous contrôle.

Une fois survenue, toute catastrophe nucléaire tend vers l’infini. C’est la morale de Tchernobyl. Des dizaines de milliers de liquidateurs, ces travailleurs chargés de «liquider» les conséquences de l’accident, sont morts. D’autres mourront. Le site posera problème pendant des ­milliers d’années. On invoque «les trente ans de Tchernobyl» comme on célébrerait un événement de l’histoire ancienne, mais trois essayistes prennent la plume contre l’illusion qu’un désastre nucléaire est réparable.

L’historienne Galia Ackerman a voyagé dans la zone interdite, et le journaliste Arnaud Vaulerin a rencontré «les humains jetables» de Fukushima, sacrifiés eux aussi. L’ingénieur Yves Lenoir, membre en 1974 et 1975 d’un groupe interministériel sur les déchets radioactifs, publie trois cents pages méticuleuses sur l’histoire des rayons depuis 1895 et la façon dont les dangers ont été savamment minorés pour servir «l’entrée de l’humanité dans l’âge de l’énergie atomique».

L’auteur commence par pilonner la distinction atomique/nucléaire qui fut introduite dans les années 1950 et les esprits pour défaire le lien entre la bombe et l’énergie nucléaire. Les centrales sont bel et bien ­atomiques.

Tout est fait pour le faire oublier, depuis l’accident d’octobre 1957 dans le nord-ouest de l’Angleterre, quand un réacteur de Windscale s’est enflammé, diffusant son iode radioactif jusqu’en Norvège.

Pour sauver la réputation de l’atome civil, l’OMS invente alors les cinq piliers de la communication de crise, toujours en vigueur: le déni (accident pas si grave, tout va s’arranger), les mensonges sur la santé (la peur d’avoir été irradié induit plus de maladies que l’irradiation elle-même), le dénigrement de la pensée humaniste, la rétention d’information, la saturation de l’espace médiatique.

Du côté de Tchernobyl, aujourd’hui, on court le risque de faire la soupe avec des champignons qui, en France, seraient stockés dans une alvéole bétonnée. Une altération de la fonction cardiaque apparaît, d’autant plus grave que la contamination par le césium 137 ingéré est élevée. L’insolite est inquiétant. Du blé pousse, d’un genre disparu depuis l’Antiquité.. On voit des oiseaux atteints de cataracte devenir aveugles et mourir de faim.

“Le mythe de l’atome radieux”

En Russie, Ukraine et Biélorussie, les enfants nés quinze ans après l’accident sont fragiles: leurs parents leur ont transmis des systèmes immunitaires affaiblis, et l’instabilité génomique (les erreurs de réplication dans l’agencement des chromosomes) va augmentant, génération après génération. Partout, des chercheurs indépendants font un tout autre constat que celui des institutions de l’orbite onusienne comme la Commission internationale de Protection radiologique (CIPR), qui ont organisé le déni autour de Tchernobyl et tenté de sauver «le mythe de l’atome radieux», pour reprendre la formule d’Arnaud Vaulerin dans son livre sur Fukushima.

Depuis mars 2011, 45 200 nettoyeurs sont passés sur le site. Ils charrient des tonnes de terre pour la mettre dans des sacs, entassés par milliers, et, «jour et nuit, s’efforcent de maintenir à flot ce Titanic atomique en jouant au chat et à la souris avec les sieverts». Un été, l’un d’eux qui étouffait dans sa combinaison à 45 °C a vu deux camarades mourir d’un arrêt cardiaque.

Un autre s’est irradié le pénis avec ses gants en allant uriner – pour régler le problème, certains ouvriers portent des couches.

Les deux tiers ont un salaire minable, sans rapport avec la dangerosité de la mission, 837 yens de l’heure (6 euros). Huit cents sociétés travaillent sur le site et emploient chaque jour 7 000 ouvriers. Dans «ce Far West de la décontamination», à peine 10% de la main-d’œuvre est formée pour le nucléaire, tant pis pour le rafistolage. En France, les élus travaillent-ils à prévenir l’accident dans nos centrales vieillissantes ?

Traverser Tchernobyl, par
Galia Ackerman, Premier Parallèle, 230 p., 18 euros.

La Désolation. Les humains jetables de Fukushima
, par Arnaud Vaulerin,Grasset, 224 p., 20 euros.

La Comédie atomique. L’histoire occultée des dangers des radiations, par Yves Lenoir, La Découverte, 320 p., 22 euros

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