Thierry Morfoisse. «Que justice soit faite»

16 mai 2015 à 06h35/ Marina Chélin /
Déterminé à aller « jusqu’au bout », le comité de soutien à la famille de Thierry Morfoisse, le transporteur d’algues vertes décédé en 2009, a élevé le ton, ce vendredi à Guingamp. Le 27 mai, il espère bien obtenir une contre-expertise auprès du tribunal. « Il ne faut pas une justice d’État mais une véritable justice pour reconnaître que Thierry Morfoisse (1) est mort à 48 ans dans l’exercice de son travail, à cause de la nocivité des algues vertes ».

André Ollivro

André Ollivro

La voix forte et portante, dans les allées du marché de Guingamp, André Ollivro, tel un crieur public, a interpellé les badauds, hier matin. Objectif : faire signer la pétition « pour que la justice rétablisse la vérité sur les circonstances du décès et que celui-ci soit reconnu en accident du travail ». André Ollivro, qui est l’animateur principal du comité de soutien (2) à la famille Morfoisse (les parents et la fille de Thierry Morfoisse), connaît bien son sujet. Il a déjà fait plier l’État en gagnant le procès des marées vertes en 2009.  

Pas une décision de « type Bugaled-Breizh» 

Cette fois encore, il a prévenu : il ira « jusqu’au bout ». Et l’action d’hier, à Guingamp, doit peser dans la balance, « pour que le 27 mai, ce ne soit pas une décision de ” type Bugaled-Breizh ” qui soit rendue ». En effet, la famille de Thierry Morfoisse, qui craint de voir un non-lieu prononcé, a demandé une contre-expertise à la justice.

Car, « dans les derniers documents d’expertise que j’ai eus en main, le pool d’experts continuait à dire qu’il ne savait pas si Thierry Morfoisse avait vraiment été exposé », s’agace Claude Lesné, médecin et ancien spécialiste de la toxicité des polluants aériens au CNRS.  

« Il y a eu une mise en danger de la vie d’autrui »

Un avis que Claude Lesné n’hésite pas à qualifier « d’absolument innommable ». « J’ai eu l’occasion d’aller sur le site où étaient traitées les algues, peu après le décès de M. Morfoisse. Tout le monde savait qu’elles étaient en putréfaction très avancée. C’était extrêmement nauséabond et personne ne le contestait à l’époque. Donc, qu’il ait été exposé, c’est évident », assure le médecin.

Yves-Marie Le Lay, le président de Sauvegarde du Trégor, est, lui aussi, en colère. « Il y a eu une mise en danger de la vie d’autrui sur les plages pour tous les Bretons qui s’y sont promenés innocemment », s’exclame-t-il. Cette mise en danger de la vie d’autrui avait fait l’objet d’une plainte en 2009. Depuis le dossier traîne. J’ai beau le relancer, personne ne me répond. On voit bien que sur ces jugements par intoxication par l’hydrogène sulfuré des marées vertes, la consigne c’est ” silence radio “. Eh bien, nous, nous voulons ouvrir le poste radio ! ».  

Un tour de Bretagne pour se faire entendre

Symboliquement, le comité a dévoilé une plaque portant le nom de Thierry Morfoisse et la mention « Mort au travail le 22 juillet 2009, intoxiqué par les algues vertes ». André Ollivro et ses amis de lutte n’ont pas fini de se faire entendre. Quel que soit le jugement rendu le 27 mai, ils sont décidés à se lancer dans un tour de Bretagne des plages polluées. « Une campagne d’explications pour aller raconter ce qui se passe et comment des juges ne font pas leur travail au pôle de santé publique », explique Claude Lesné. « C’est une forme de mobilisation pour que l’on fasse savoir que, six ans après, ce dossier n’a toujours pas donné lieu à des investigations correctes et que la justice n’est pas rendue pour la famille Morfoisse ». « Nous irons également porter nos pétitions à Matignon », a averti André Ollivro.
1.Thierry Morfoisse est décédé le 22 juillet 2009, à Binic, alors qu’il effectuait des transports d’algues vertes.
2. Le comité de soutien compte une soixantaine d’associations, dont Eau et Rivières de Bretagne, Côtes-d’Armor Nature Environnement, Sauvegarde du Trégor et Sauvegarde du Penthièvre, etc.

© Le Télégramme – Plus d’information sur

<strong>Pétition : Thierry Morfoisse mort en transportant et déchargeant des algues vertes en décomposition

Lire l’entretien avec André Ollivro

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