L’agriculture française mérite une vision, pas de fausses urgences

Dans une tribune co-signée, Tugdual Braban, maire de Châteauneuf-du-Faou, Jean-Baptiste Huet, maire de Plonéour-Lanvern, Florent Lardic, maire d’Audierne, et Elina Vandenbroucke, maire du Trévoux, livrent leurs regards sur la loi d’urgence agricole votée cette semaine par les députés et les sénateurs.

Les débats suscités par la loi d’urgence agricole ont trop souvent éloigné le regard des réalités du terrain et des solutions dont il regorge. L’urgence est bien réelle. Elle se lit dans les inquiétudes de celles et ceux qui nous nourrissent face aux effets, déjà visibles, du changement climatique. La canicule. Les tensions autour de l’eau qui ne cessent de croître. Elle se confirme dans les exploitations qui peinent à dégager un revenu digne. L’urgence, c’est aussi de répondre aux enjeux de santé publique : protection des agriculteurs, protection des citoyens par une alimentation de qualité. Cette urgence ne date pas d’hier, elle ne disparaîtra pas avec une loi qui laisse à penser qu’il faudrait choisir entre soutenir nos agriculteurs et protéger notre environnement, entre produire et préserver nos ressources.

Nous pensons que cette loi emprunte plusieurs fausses routes. La première est de faciliter la création de certains projets de stockage par dérogation. La gestion de l’eau suppose avant tout de préserver les éléments qui contribuent naturellement à la régulation de la ressource (les haies bocagères, les zones humides, les talus). La deuxième est d’ignorer les dynamiques déjà engagées dans les territoires. Les 450 Projets Alimentaires Territoriaux, dont 28 en Bretagne démontrent qu’il est possible de concilier agriculture, alimentation, santé et développement économique. Donnons-leur les moyens d’agir plutôt que d’empiler de nouveaux dispositifs. La troisième est que la loi privilégie une logique d’accélération des procédures au détriment de la concertation avec les territoires. La gestion de l’eau, en particulier, exige une gouvernance associant les élus locaux, les agriculteurs, les citoyens et l’ensemble des acteurs concernés.

La véritable souveraineté alimentaire doit se construire en garantissant un revenu digne aux agriculteurs, une alimentation de qualité pour toutes et tous et la préservation des ressources qui permettront de produire demain. Les réalités agricoles sont diverses. Les attentes d’un éleveur breton ne sont pas celles d’un céréalier en Charente ou celles d’un viticulteur. Cette diversité suppose que les politiques publiques s’appuient davantage sur les territoires et sur celles et ceux qui les connaissent. Les collectivités locales ont un rôle essentiel à jouer. Elles accompagnent l’installation des jeunes agriculteurs, développent les circuits courts et les nouvelles filières, soutiennent la restauration collective, préservent les ressources en eau, favorisent le dialogue entre les différents usages et participent à l’aménagement du territoire. Elles ne régleront évidemment pas, seules, la crise agricole mais elles sont devenues des partenaires indispensables de sa transformation.

L’urgence agricole est une réalité mais elle mérite mieux que des réponses d’urgence, elle mérite une vision. Nous avons besoin d’une politique agricole qui cesse de répondre aux conséquences avant de traiter les causes, une politique qui redonne des perspectives plutôt que de gérer les urgences, une politique qui garantisse un revenu juste, accompagne les transitions, prépare le renouvellement des générations et reconnaisse pleinement le rôle des collectivités territoriales comme moteur de ce changement.

https://www.letelegramme.fr/bretagne/tribune-lagriculture-francaise-merite-une-vision-pas-de-fausses-urgences-7089620.php

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Une réflexion au sujet de « L’agriculture française mérite une vision, pas de fausses urgences »

  1. Bien sûr, d’accord sur toute la ligne.
    Personnellement au lieu de “protection des citoyens par une alimentation de qualité” je dirais “protection des citoyens par une alimentation non polluée ou dangereuse”. Car j’ai souvent des réponses de type prix, alors que lorsque l’on parle de maladies et cancers dus à ce que l’on mange, les échanges sont différents….

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