Ben S’mim, le village qui résiste encore et toujours à la privatisation de l’eau
Ben S’mim est un village de 3 500 habitants à 200 km de Rabat et 70 km de Fès au Maroc. En 1999, l’Euro-africaine des eaux, une société écran qui cache des intérêts marocains, commence à s’intéresser à la source du village. En 2001, un contrat est signé pour 30 ans avec l’Etat (qui possède 60% de la source, le reste appartenant à la collectivité locale et religieuse du village) : ce contrat prévoit le démarrage des travaux en 2004 et un prélèvement de 3 l/sec sur la source. Mais rien ne se fait dans les temps prévus et, en 2006, la population se mobilise, un représentant du village dénonce la situation auprès de l’ACME Maroc, une première pétition est lancée…
Début 2007, l’entrepreneur contre-attaque et parvient à signer un protocole d’accord avec huit représentants de la collectivité locale et religieuse, déclarant le projet intéressant et souhaitant faciliter son exécution. Mais les réticences demeurent très fortes au sein de la population et l’entreprise préfère laisser passer les élections législatives (le 7 septembre). Le 10 septembre 2007, les premières machines de terrassement sont installées sur les 3 Ha alloués par l’Etat, sous la protection d’un important dispositif de gendarmerie. Malgré cela, le 13 septembre la population se mobilise et marche sur la source. 7 personnes sont alors arrêtées, 3 seront relâchées dans les heures qui suivent et 4 seront emprisonnées jusqu’au 17 octobre (et sont toujours sous la menace de poursuites judiciaires). Encore plus fort, le village est encerclé par les forces de l’ordre, les deux routes d’accès sont fermées avec interdiction de sortir sous peine d’arrestation pour les villageois ! L’électricité est coupée tous les soirs en pleine période de Ramadan pour empêcher les villageois de se réunir. Ce véritable état de siège durera jusqu’au 6 octobre. Bilan : plusieurs fausses couches dues à l’impossibilité d’accéder à un hôpital, des blessés dont un vieillard sérieusement molesté.
Mais l’action de l’ACME Maroc avec d’autres associations permet de briser l’isolement de Ben S’mim. Une pétition est relancée en septembre, relayée en France par l’ACME France et par l’association Cyberacteurs (
www.cyberacteurs.org). Une déclaration commune de l’Association marocaine pour les droits de l’homme, d’ATTAC Maroc, de l’Association pour la préservation des deniers publics et de l’ACME Maroc est rendue publique le 4 octobre. Le Parti socialiste unifié apporte également son soutien à la population. Un collectif de dix avocats est constitué par les associations pour venir en aide aux villageois poursuivis en justice ; outre ceux qui ont été arrêtés, les pouvoirs publics menacent une vingtaine de jeunes de poursuites pour manifestation illégale.
Les associations organisent aussi une caravane qui peut enfin pénétrer dans le village le 7 octobre. A cette occasion, le débit de la source est à nouveau mesuré : 7 l/sec. Les études de terrain auxquelles se réfère le contrat de privatisation, font état d’un débit compris entre 26 l/sec et 182 l/sec : en fait, il s’agit de données datant des années 1960-1970 ! Actuellement le débit se situe plutôt entre 10 et 20 l/sec. Et les besoins en saison sèche sont estimés à 240 l/sec par les villageois. Outre la consommation domestique, Ben S’mim compte 5500 têtes de bétail (moutons surtout) à abreuver et des champs à irriguer ; à cause de la pénurie, la moitié de la superficie agricole est irriguée une année, l’autre moitié, l’année suivante…
Plusieurs rendez-vous sont prévus devant différents tribunaux dans les prochaines semaines. L’ACME Maroc demande au tribunal administratif. la rupture du contrat de privatisation de la source. Tandis que des villageois sont traînés devant les tribunaux pénaux pour avoir résisté. Aussi notre solidarité est plus que jamais nécessaire : exercez-la en signant en ligne la pétition qui a déjà recueilli près de 4 400 signatures :
http://www.cyberacteurs.org/actions/action.php?id=169
D’ores et déjà, un rendez-vous est prévu en mai prochain pour une fête de l’eau (et de la victoire ?) à Ben S’mim !
Jean-Claude Oliva
Secrétaire général de l’ACME France