de L’heure solaire à l’heure d’étéEt si nous revenions à l’heure solaire, celle qui respecte notre rythme biologique ? Depuis la mise en place de l’heure d’été, la France connaît de multiples désagréments : sanitaires, environnementaux et économiques. Pourquoi chercher midi à quatorze heures ? Revenons à l’heure solaire !
Si nous vivions toute l’année avec le Soleil, c’est-à-dire à l’heure solaire moyenne de notre fuseau de l’Europe de l’Ouest, donc sans avancer nos montres d’une heure en hiver, ni même de deux heures en été, nous serions tout étonnés de constater à quel point nos rythmes quotidiens de vie collective seraient différents et, sans nul doute, plus harmonieux : dans les établissements scolaires, mais aussi au travail, dans les transports en commun, sur les routes… car nous commencerions par nous lever quasiment toute l’année avec le soleil, tout simplement, à la lumière du jour !
Le Soleil, notre grand horlogerL’utilisation de l’éclairage artificiel a pu faire croire que l’on pouvait s’éloigner de l’heure solaire sans dommage. Il n’en est rien. Des études scientifiques, de plus en plus nombreuses, prouvent que l’éclairage électrique, même bien adapté, ne remplace pas, bien au contraire, l’éclairage naturel donné gratuitement par le Soleil, à toute heure de la journée.
Effectivement, depuis plus de 4 milliards d’années, le Soleil régit tout sur Terre : la lumière, les saisons, l’alternance des jours et des nuits, les conditions de la vie même. C’est lui qui donne l’heure à la planète entière, rythmant nos organismes tout au long de nos journées et de l’année.
Nous sommes les enfants du SoleilC’est la raison pour laquelle la nature nous a dotés d’une horloge biologique centrale, qui bat réellement en harmonie avec la période de rotation de la Terre sur elle-même (rythme journalier) et de sa ronde autour du soleil (rythme des saisons).
Ainsi, alors que le soleil se lève, notre horloge interne, chef d’orchestre de l’ensemble de nos rythmes biologiques, est remise à l’heure chaque matin grâce à la lumière détectée par l’œil. Cela lui permet de suivre avec précision le rythme réel de l’alternance du jour et de la nuit et de coordonner l’activité énergétique de très nombreuses autres horloges biologiques (1) présentes dans nos tissus et au cœur de nos cellules. Nourries par les signaux de lumière, ces cellules vont pouvoir à leur tour communiquer entre elles. Tous ces rythmes complexes se font en fonction de l’heure, sur une période de 24 heures solaires, au fil des saisons.
Cela est vital pour nos yeux, notre être et notre corps. Ce qui fait dire au docteur Jacob Liberman, pionnier dans l’utilisation thérapeutique de la lumière : « Chaque lever de soleil allie regain d’activité physiologique, d’énergie et d’action, en tant que transition entre l’obscurité reposante de la nuit et la lumière dynamisante du jour qui pénètre de vie tous les êtres vivants… Le corps humain est véritablement une cellule photo-vivante activée par la lumière solaire. »
Dans l’attente de la marée énergétique…On voit à quel point, au lever du jour, notre corps réagit à la lumière solaire, un peu comme les cellules photosensibles de certaines petites calculatrices solaires… En l’absence de cette lumière-énergie ou si elle est insuffisante, parce qu’on nous fait lever de nuit, comme cela est souvent le cas dans l’année en raison de l’heure légale qui nous est imposée, c’est-à-dire en pleine période des défaillances, les calculs ne peuvent pas se faire ! Sauf si la calculatrice est équipée de piles d’appoint… Pour le corps, il n’y a pas de piles, mais une sorte de batterie qui contient notre réserve d’énergie vitale (l’énergie ancestrale, dit-on en médecine chinoise). C’est donc dans cette réserve qu’on puise quand on force nos rythmes.
Il s’ensuit de multiples problèmes de santé qui, en réalité, n’en sont pas ! Dès le début des années 80, le professeur de pédiatrie Boris Sandler avait décelé des « symptômes », en particulier chez les enfants, les imputant au déséquilibre entre l’heure officielle et l’heure naturelle, notamment des problèmes digestifs, des troubles de l’humeur, un manque de vigilance, d’estime de soi, des perturbations comportementales et du sommeil, des dépressions… (2) qui font l’objet d’examens de laboratoire, de consultations chez le psychologue ou le médecin, de prescriptions de « pilules du bonheur » ou de fortifiants en tout genre… alors que notre corps ne demande rien d’autre que sa juste ration d’énergie lumineuse, nécessaire à la maintenance de son activité diurne, nocturne et saisonnière, toute l’année durant.
La dépression de l’automne, le SAD (syndrome automnal dépressif), qui a longtemps été spécifique des pays nordiques à cause de leur latitude, nous touche aussi depuis une trentaine d’années : nous perdons en effet de nombreuses heures d’ensoleillement dans les moments cruciaux du lever et du coucher (3).
Lumière artificielle et lumière naturelleLe système de l’heure d’été nous impose non seulement un lever précoce, mais il nous contraint, de fait, à nous exposer durant de nombreuses heures à une lumière artificielle dont nous ne recevons qu’une maigre intensité qui aggraverait, entre autres, le stress et l’hyperactivité des enfants dans les familles et les écoles (docteur John N. Ott).
En effet, même si l’éclairage artificiel est un facteur de progrès, il n’a pas du tout l’aspect nourricier, à la fois dynamisant et relaxant, de la lumière blanche émise par le Soleil : il ne pourra jamais nous donner ni son énergie lumineuse colorée (toutes les couleurs de l’arc-en-ciel complétées par les infrarouges et les ultraviolets), porteuse de vie, ni toutes les informations nécessaires à notre équilibre physiologique, émotionnel et psychologique.
Ce que confirme le projet Euclock : « Le manque de lumière ne permet plus au corps de se situer dans le temps, l’intensité de la lumière solaire est de 10 000 lux les jours de pluie et de 100 000 lux les jours de soleil, celle de la lumière artificielle n’est que de 100 à 200 lux. » (4)
En outre, respecter l’heure naturelle permettrait de faire de substantielles économies d’énergie dans de nombreux bâtiments, de 30 à 50 %, en alliant éclairage naturel et éclairage artificiel : économies d’éclairage en hiver et en été, de chauffage en hiver ; réduction de la chaleur émise par les lampes et, donc, du besoin de climatisation en été ; diminution des quantités de toutes sortes de déchets produits par les bâtiments au cours de leur fonctionnement ou de leur démolition – gaz des lampes et des unités de climatisation, notamment – etc. (5)
Historique de l’heure d’étéL’idée fut lancée en 1784 par le célèbre Benjamin Franklin, dont le père était fabricant de chandelles, pour faire des économies d’éclairage le soir. En mission diplomatique à Paris pour faire reconnaître la jeune République des Etats-Unis par Louis XVI, il suggéra de sonner les cloches des églises ou même de tirer des coups de canon au lever du soleil, pour faire se lever les Parisiens plus tôt.
Cette suggestion d’avancer l’heure resta sans suite jusqu’en 1916. Cette année-là, l’heure d’été, qui consiste à passer de TU (temps universel) à TU + 1 h, fut introduite dans les pays industrialisés, le retour à l’heure solaire se faisant en octobre. Ce changement d’heure concerna la France jusqu’à fin 1939. En effet, sous l’Occupation, dès 1940, notre pays s’aligna sur l’heure allemande (fuseau horaire n° 1). A la Libération, en 1945, la France ne revint pas à l’heure solaire de son méridien et conserva une heure d’avance sur le soleil, et ce toute l’année.
Au printemps 1976, à l’instigation du ministère de l’Industrie, une nouvelle « heure d’été » fut instaurée, l’argument invoqué étant, bien sûr, les économies de lumière électrique. Les promoteurs de cette mesure avaient sans doute oublié que notre pays vivait déjà l’heure du fuseau horaire de Berlin toute l’année. Notre pays se retrouva ainsi l’été avec deux heures d’avance sur celle du méridien de Greenwich, son fuseau horaire.
Dès lors, la France fit pression sur ses partenaires européens pour qu’ils adoptent son régime horaire : seuls la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas et l’Espagne adoptèrent ce système dès 1977. Dans les années 80-90, les autres Etats membres de l’Union passèrent à l’heure d’été TU + 1 h l’été, reprenant l’heure TU l’hiver.
En 1996, le Portugal, après seulement trois ans d’expérimentation de notre système, le rejeta car il pénalisait les écoliers, les fatiguant au détriment de leur santé et de leurs performances. Quant au Royaume-Uni et à l’Irlande, ils refusèrent d’abandonner l’heure de Greenwich (GMT) en hiver, celle du fuseau horaire commun à l’Europe de l’Ouest, ne supportant qu’un avancement d’une heure l’été.
Rappelons que la définition de l’heure légale, conformément au principe universel des fuseaux horaires, est strictement du ressort des Etats, l’Europe ne faisant qu’harmoniser, depuis 1998, pour tous ses Etats membres, les dates et heures de début et de fin de la période dite d’été.
le cas de la franceLa grande majorité des 70 Etats qui pratiquent l’heure d’été dans le monde, dont 22 en Europe, n’ont qu’une seule heure d’avance par rapport à l’heure solaire et reviennent à l’heure de leur fuseau horaire l’hiver. Depuis 1976, le régime de l’heure d’été est encore plus problématique en France, qui (avec l’Espagne et le Benelux) cumule un avancement d’une heure (GMT + 1 h) en période d’hiver, soit 5 mois sur 12, et de deux heures (GMT + 2 h) l’été, soit 7 mois sur 12, sans jamais adopter l’heure de son fuseau horaire de référence (le méridien de Greenwich). L’été, la France vit donc à l’heure du Caire ou de Saint-Petersbourg.
En 2009, l’île Maurice et la Tunisie ont abandonné l’heure d’été, en raison de son mauvais bilan.
A propos des économies d’énergieAux Etats-Unis, l’Etat de l’Indiana, qui a toujours vécu à l’heure solaire, est passé en 2006 à l’heure d’été TU + 1 h. Le manque d’enthousiasme évident de la population, contrainte d’avancer les horloges d’une heure par rapport à l’heure solaire en été, est sans nul doute à l’origine de l’étude des conséquences de cette mesure par Matthew J. Kotchen (professeur d’économie) et Clara E. Grant (doctorante en sciences de l’environnement). Ces deux universitaires, factures d’électricité à l’appui fournies par la compagnie d’électricité Duke Energy Corp., concluent sans aucune ambiguïté : « Benjamin Franklin avait sans doute raison à propos des économies de chandelles, mais il n’avait pas pris en compte les dépenses de chauffage au printemps et en automne ni les dépenses de climatisation en été… (entre + 2 et + 4 %). Il nous faut maintenant cesser de croire que l’on fait des économies d’énergie quand on profite de cette heure supplémentaire de jour, pendant les longues soirées d’été. » (New York Times du 19/11/2008).
Que dire, a fortiori, avec nos deux heures d’avance, en France ? Si, en avançant nos pendules d’une heure, nous gagnons une heure d’éclairage artificiel le soir en hiver, et deux en été, en revanche, le matin, les consommations supplémentaires de chauffage (car il fait froid) et d’éclairage (car il fait nuit) induites en hiver, sans mentionner la climatisation en été, ne sont pas prises en compte.
N’allons plus chercher midi à quatorze heures !
Ne changeons plus d’heure ; adaptons, si nécessaire, les horaires d’hiver ou d’été. Pourquoi ne pas modifier les horaires de travail en fonction de la luminosité : commencer le matin, plus tôt en été et plus tard en hiver ? A part des privilégiés pouvant choisir de se lever tard et appréciant les « longues soirées », toutes les autres catégories de population (scolaires, personnes âgées en institutions, travailleurs du bâtiment, agriculteurs, etc.) obligées de se lever tôt par contrainte et non par choix (!) subissent et paient l’addition.
A l’heure où il faut réduire impérativement les déficits, l’heure d’été coûte inutilement cher à notre pays : dette de sommeil cumulée, non-respect du repos dans la journée et des périodes de moindre et de grande vigilance, d’où stress, sautes d’humeur, incivilités, surconsommation de psychotropes aux multiples effets secondaires, accidents du travail, de la route, etc. ; non-respect du midi solaire, d’où traitements médicamenteux pris à la mauvaise heure (effets secondaires et/ou toxicité) (6), mélanomes ; pollution à l’ozone (7), effet de serre (8), d’où dégâts causés à la végétation, aggravation des épisodes caniculaires…
Selon le professeur Till Roenneberg, l’idéal serait que les employeurs comprennent le double avantage de respecter notre horloge biologique pour garantir plus de sécurité et d’efficacité dans l’emploi et une meilleure santé pour l’employé.
Pour le docteur Martha Merrow, l’horloge biologique interne, qui prépare le corps pour qu’il soit actif en fonction de l’heure de la journée et de la demande en énergie, ne s’adapte pas à l’avancement de l’heure : elle demeure à l’heure normale du fuseau horaire ; commencer l’école vers 10 heures (donc 8 heures solaires) améliorerait l’apprentissage (4).
Faire lever nos enfants de nuit et dans le froid au printemps et leur demander de se coucher de jour et à la chaleur en été, dans la période biologique des performances vers 21 heures, alors qu’il est en réalité 19 heures solaires, est anormal et même dangereux ! Rien que pour eux, pour leur santé et pour leur réussite, retrouvons la raison : la dette de sommeil de nos enfants est bien réelle !
Si nous ne revenons pas à l’heure normale de notre fuseau horaire (9), la réforme des rythmes scolaires et les plans de sécurisation contre les violences scolaires risquent fort de ne pas aboutir. L’heure dite « d’été » n’était donc qu’une fausse bonne idée.
Maryvonne Bauer.Présidente de La Méridienne, association pour le rétablissement de l’heure méridienne.La méridienne
Depuis sa création, en 1993, par Jean Denis et Maryvonne Bauer, l’association La Méridienne œuvre pour le rétablissement de l’heure solaire moyenne du fuseau origine sur lequel la France est située, la seule heure écologique qui soit.
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La Méridienne
BP 831
26008 Valence Cedex
Tél. : 06.31.37.04.97
Mél :
lameridienne_@hotmail.fr1. Les mécanismes moléculaires de l’horloge circadienne, N. Cermakian et P. Assone-Corsi.
2. L’heure d’été : le temps manipulé, colloque du SNI-PEGC (syndicat des instituteurs) sur les rythmes de l’enfant (1980).
3. Soleil vital, du docteur Damien Downing et Jean Celle, éd. Jouvence.
4. Etude Euclock 2007, menée par le professeur Till Roenneberg (Munich) et son équipe, dont le docteur Martha Merrow (Pays-Bas), sur les rythmes biologiques de plusieurs dizaines de milliers de personnes en Europe et dans le Monde :
www.euclock.org.
5. « L’éclairage naturel des bâtiments », Cellule de recherche Architecture et Climat, Louvain, Belgique : www-climat.arch.ucl.ac.be.
6. « Horloge biologique et médicaments », de Paul Benkimoun, Le Monde, 9 avril 2008.
7. La pollution à l’ozone augmente les risques de décès par maladies respiratoires, crises cardiaques… Source : New England Journal of Medicine, AFP, mars 2009.
8. Rapport Walter Hecq : Effet du décalage horaire sur la consommation d’énergie et la pollution photo-oxydante par les véhicules en Belgique, au Secrétariat d’Etat à l’énergie (1991). Congrès mondial pour la pureté de l’air, Montréal, Canada (1992) : « L’heure solaire diminuerait de 22 % l’ozone […], il nous paraît inutile et dangereux de vouloir pérenniser cet usage. »
9. Recommandation 1432 pour le respect des fuseaux horaires européens, adoptée par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe en 1999.