lettre ouverte à Martine Aubry

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Pour avoir une chance de changer de majorité en 2012, il faut changer les règles du jeu à gauche. Ce forum a pour objet d'échanger sur l'actualité politique. Les points de vue échangés n'engagent évidemment que leurs auteurs et en aucun cas l'Association Cyber @cteurs

lettre ouverte à Martine Aubry

Messagede alain » Mar 31 Mai 2011 09:08

Madame Martine Aubry,

Tout le monde parle actuellement de votre décision prochaine concernant la candidature aux primaires socialistes pour la Présidentielle 2012. La mise hors course de DSK est une mauvaise nouvelle pour la droite libérale qui perd son meilleur candidat qui allait tenter le hold-up de se faire élire avec une étiquette socialiste. C’est par contre une bonne nouvelle pour la droite nationale mais aussi pour la gauche authentique. Pour le PS, c’est une occasion de faire le ménage. Au moins la chute de DSK clarifie la situation. Les masques sont en train de tomber, non seulement celui de DSK mais aussi celui de Lang et d’autres leaders du PS qui se révèlent à travers leurs déclarations et positions autour de cette affaire.
Normalement il n'y avait pas besoin de cette histoire pour disqualifier DSK comme candidat de gauche. Son bilan des privatisations sous le gouvernement Jospin et plus récemment son action au sein du FMI, qui est un instrument de domination de la finance internationale sur les Etats et de démantèlement des services publics aurait dû entraîner son exclusion d’un parti socialiste, digne de ce nom. Mais, même si sa culpabilité n’est pas encore avérée, cette agression sexuelle présumée, a suscité des témoignages sur des histoires passées, qui avaient été étouffées, comme celle de Tristane Banon, confirmée par sa mère, Anne Mansouret, élue socialiste ou encore celle d’Aurélie Filippetti, secrétaire nationale du PS, ce qui en rajoute encore mais permet d'élargir le débat à la relation des hommes politiques au pouvoir, à l'argent et au sexe et à la relation homme-femme.

Aujourd’hui, au-delà des idées et des programmes de uns et des autres, c’est la pratique politique qui est en question, qui pose problème, qui détourne les citoyens des urnes et discrédite les gouvernants. Il faut revoir la relation à la politique, le rapport au pouvoir, trouver une autre façon de faire de la politique, inventer une nouvelle démocratie plus directe et participative. Et pour cela je pense que les femmes ont un rôle important à jouer, si elles acceptent de s’affirmer face aux hommes avec leur sensibilité propre et leur spécificité, qui est peut-être un rapport plus direct à la vie et un besoin moindre de reconnaissance à travers un titre pour exister.

J’entends dans les médias ; « Martine Aubry, on ne sait pas trop si elle a envie d’y aller. Or pour être Président(e), il faut vraiment avoir envie d’y aller ». Certes, mais envie pourquoi ? Pour sa gloire personnelle ou pour essayer de faire quelque chose d’utile pour le pays, en portant un projet collectif ? Dans le second cas, il faut s’assurer d’un soutien suffisant pour pouvoir mener le projet jusqu’au bout. J’avais cru comprendre qu’en 1994, Jacques Delors n’avait pas voulu se présenter parce qu’il doutait du soutien du PS pour faire ce qui lui semblait nécessaire pour le pays.

Aujourd’hui les conditions sont différentes et l’affaire DSK a ouvert une brèche, créé une opportunité pour opérer un changement profond. Je ne pense pas que l’ensemble du PS va se ranger spontanément derrière votre candidature éventuelle ou celle d’une autre femme. Notamment certains leaders nationaux, que la presse appelle « les éléphants », risquent de traîner les pieds et de manquer d’enthousiasme. J’ai, par exemple, entendu Gérard Collomb, dimanche soir 22/05/2011 sur France Inter et je me dis que ce ne sera pas facile pour vous si vous décidez de vous présenter. Je l’ai écouté attentivement et j’ai compris qu’il était pour les primaires lorsque son candidat, à l’époque DSK, était favori et qu’il s’agissait alors d’une simple procédure de confirmation. Mais maintenant, il dit qu’il faut que le bureau politique du PS se réunisse pour désigner le ou la meilleur(e) candidat(e), une sorte de petit arrangement entre amis. Quel mépris pour les militants socialistes et quelle conception de la démocratie et du débat politique.
Cet exemple illustre à merveille le mauvais fonctionnement de notre démocratie, où les décisions sont prises, au nom de l’intérêt général, mais sans aucune consultation, par une petite minorité d’hommes politiques qui cumulent souvent plusieurs mandats. On aboutit ainsi à des décisions aberrantes, comme par exemple, ici en Aquitaine, la construction de l’autoroute Langon-Pau, finie depuis quelques mois, mais où il ne passe presque aucun véhicule. Le même scénario est en train de se rejouer avec les lignes TGV et le projet d’un nouveau stade à Bordeaux.

Mais si les choses semblent un peu figées, à l’intérieur des appareils politiques, les citoyens ne sont plus dupes des discours. Ils sont profondément mécontents de la situation et de ce type de fonctionnement et aspirent à des changements radicaux. Si un(e) candidat(e) propose une alternative véritable autour de quelques thèmes forts, il ou elle devrait recueillir une adhésion importante auprès de l’ensemble de la population, bien au-delà des partis politiques. Comme thèmes je pense à une sortie du nucléaire en 10 ans et à l’avènement d’une sixième république avec la suppression du sénat, le non cumul des mandats et la possibilité de référendum d’initiative populaire (ou à l’initiative des élus) à chaque échelle territoriale, communale, départementale, régionale et nationale, en fonction de l’impact géographique des projets concernés.
Le premier point, la sortie du nucléaire en 10 ans, serait une formidable stimulation à la création d’emplois qualifiés dans des énergies alternatives renouvelables et diversifiées. Et grâce au second point, la démocratie locale participative, chaque territoire pourrait choisir ses équipements adaptés à ses besoins, en fonction des potentialités climatiques, économiques et humaines locales. Il y a bien sur d’autres thèmes importants comme le réhabilitation des services publics dans le domaine de la santé, de l’éducation, de la gestion de l’eau, de l’énergie et le secteur bancaire.

Mais je suis convaincu que le projet essentiel à proposer aux français pour mobiliser à nouveau l’opinion et intéresser les citoyens à la politique est une réforme profonde des institutions qui instaure la démocratie participative. Elle pourrait être préparée par une assemblée nationale constituante, désignée par tirage au sort comme pour les jurés d’assise, pour éviter que les politiciens professionnels du système actuel bloquent l’évolution afin de maintenir leurs privilèges. Cette constitution serait ensuite soumise à un référendum national, mais ne serait validée que si la participation est au moins de 50% des inscrits et le OUI au moins des deux tiers des votants. Sinon l’assemblée constituante devrait reprendre ses travaux pour élaborer une nouvelle mouture. Une fois cette réforme achevée, le reste suivrait, si la constitution donne aux français la possibilité de choisir par référendum, puisqu’une majorité d’entre eux sont favorables à la sortie du nucléaire, opposés aux OGM, et attachés à un service public fort dans les domaines que j’ai cités.

Le défi principal actuel est, d’après moi, de changer la règle du jeu de la république, en déverrouillant le système en place, où le pouvoir est confisqué par un petit nombre de politiciens professionnels, qui cumulent souvent plusieurs mandats, parfois depuis de nombreuses années. Je crois que les citoyens sont prêts à s’investir dans un grand projet collectif et à se réapproprier la chose politique, soit comme simple citoyen en participant à des débats véritables qui donnent ensuite lieu à un vote (rien à voir avec les consultations bidons actuelles autour des projets autoroutiers, lignes TGV, grand stade ou nouvel aéroport), soit pour certains en consacrant cinq à dix ans de leur vie à l’exercice d’une mandat électif, mais un seul mandat, renouvelable une seule fois, sauf pour les maires des petites communes rurales, ceci pour éviter de devenir un professionnel de la politique, progressivement déconnecté de la réalité.
Non seulement les citoyens sont prêts mais ils sont de plus en plus impatients pour un changement et mécontents du système de gouvernance et de domination actuelle, partout dans le monde. On l’a vu en Amérique latine, plus récemment en Afrique du Nord et maintenant en Europe, ces jours-ci en Espagne. L’histoire est en marche, l’évolution se fera sous forme de rupture par des réformes constitutionnelles profondes, soit suite à des révolutions si les pouvoirs en place s’accrochent au statu quo, soit à l’occasion de consultations électorales importantes comme par exemple l’élection présidentielle en France, à condition qu’une personnalité forte et éligible, qui est au cœur du système actuel, ait l’intelligence et surtout le courage et la détermination de proposer une véritable rupture, qui ne soit pas un simple slogan comme celui de Sarkozy en 2007.

Si je me permets de m’adresses à vous, c’est que je me dis que, peut-être, vous pourriez être une des personnalités politiques, capables de porter un tel projet d’espoir et d’ouverture pour l’avenir. Aujourd’hui le système est tel que pour avoir une chance raisonnable d’être élu(e), il faut appartenir à un grand parti politique. C’est votre cas. C’est une condition nécessaire. C’est aussi un handicap pour proposer un changement profond de la pratique politique au sein d’un parti de notables qui ne vont pas accepter facilement de lâcher du pouvoir. Mais le PS est aussi un parti qui présente une certaine diversité sociale et culturelle avec une proportion importante de femmes, surtout parmi les personnes nouvellement élues, et une base militante plus encline au changement que certains dirigeants historiques, issus de la haute bourgeoisie, dont DSK était le représentant le plus emblématique. Sa chute, après les départs d’Eric Besson, de Bernard Kouchner contribue à lever l’hypothèque libérale qui pesait sur votre parti. Et les conditions de sa chute, qu’il soit coupable ou non, ont fait apparaître au grand jour un machisme agressif et une arrogance de la richesse qui fait qu’aujourd’hui on a envie de se tourner vers une personnalité plus humble et de tenter l’expérience d’une femme à la Présidence de la République, qui pourrait montrer une nouvelle manière d’exercer cette fonction, surtout si elle se fait élire avec le projet de la réformer en profondeur et si elle a une pratique politique en cohérence avec les idées qu’elle défend.

Je ne vois pas la personne présidente comme un super manager qui règle tous les détails et qui réagit au moindre fait divers mais comme quelqu’un qui a une attitude posée et réfléchie, qui est le garant de l’unité nationale, qui propose de grandes orientations et qui sait déléguer les pouvoirs, c’est-à-dire exactement le contraire de la pratique de Sarkozy. Cela est particulièrement important pour le ou la candidat(e) qui se présentera avec l’étiquette socialiste, dont le mot clé est pour moi Partage. Le slogan de campagne pourrait être : ‘Confiez moi le Pouvoir et je vous le redistribuerai équitablement’.
L’urgence aujourd’hui, me semble-t-il, est de trouver quelqu’un, en capacité d’accéder à ce poste, et qui ensuite réduise fortement les pouvoirs exorbitants qui lui sont associés.

Je ne sais pas quelle sera votre décision. Ce que j’espère simplement, si elle positive, c’est qu’elle soit porteuse d’une grande ambition de réforme des institutions pour la France, dont je suis persuadé qu’elle entraînerait une large adhésion populaire et dynamiserait une véritable démocratie vivante en France.

Jean-Pierre Grenier
Le 27 mai 2011, (33700) Mérignac
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